Santé mentale : c’est normal docteur ?

11 décembre 2018 - Marie-Pier Tremblay

Une personne sur cinq souffrira d’un trouble de santé mentale au cours de sa vie. Chez la grande majorité, les premiers symptômes se manifestent avant l’âge de 15 ans.

Pourquoi les troubles mentaux émergent-ils souvent à l’adolescence ? D’abord, parce que c’est une période intense de changements et de développement. Et le changement, c’est stressant ! Le corps se transforme, la vie sociale devient plus complexe, on se questionne sur notre identité et sur ce qu’on souhaite devenir. Et à travers tout ça, on nous demande de performer partout (école, travail, activités parascolaires, etc.).

Et puis, c’est aussi généralement la période des premières épreuves importantes. Un échec scolaire, une rupture amoureuse, un deuil, un conflit, ça fait mal à tout âge. Mais c’est plus stressant et clairement plus intense la première fois !

Cerveau surchauffé

Et ce n’est pas tout ! Le cerveau adolescent est plus vulnérable aux stresseurs, car il est en grand chambardement : « Pendant l’enfance, le cerveau se développe, jusqu’à devenir une « forêt touffue » de neurones interconnectés, explique Patricia Garel, Patricia Garel est pédopsychiatre au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine.. Puis, à l’adolescence, c’est le grand ménage. Les connexions inutiles sont éliminées pour améliorer l’efficacité cérébrale. L’essentiel de cet élagage synaptique se produit à deux grandes périodes de la vie humaine : juste après la naissance, et à l’adolescence. »

Le lobe frontal, par exemple, finit de se développer vers l’âge de 25 ans. Lui, c’est le « frein » du cerveau. Celui qui aide à réguler les émotions, à maîtriser les impulsions, à réfléchir avant d’agir. Voilà pourquoi il suffit parfois d’un rien pour se mettre dans tous ses états. « Et une fois l’émotion passée, ça prend parfois du temps pour revenir à son niveau de base », souligne Marie-Claude Geoffroy, psychologue et professeure à l’Université McGill.

Bref, le cerveau adolescent est plus vulnérable aux stresseurs, et c’est une période de vie pendant laquelle il y a plus de stresseurs. Les adolescents atteints d’un trouble mental souffrent d’ailleurs plus que les adultes atteints du même trouble.

Réaction Chimique

S’il n’y a pas de lésion dans le cerveau, c’est au niveau chimique qu’apparaît le trouble mental. C’est une question de neurotransmetteurs : les molécules messagères entre les neurones.

Pendant longtemps, les scientifiques ont cru que l’influx nerveux se transmettait comme un courant électrique. Après, on a découvert les neurotransmetteurs, une transmission chimique beaucoup plus nuancée et subtile.

Les professionnels soupçonnent la présence d’un trouble mental quand une personne présente PLUSIEURS symptômes, ou PLUSIEURS changements, pendant PLUSIEURS semaines.

« Si ses parents ou ses profs sont inquiets, que ses amis ne le reconnaissent plus, ce sont des indices, dit la psychiatre Mélanie Beaudry, . Ou si on constate un changement important dans l’état de base. Par exemple, un jeune très sociable qui commence à s’isoler, ou un autre habituellement très calme qui commence à faire des crises. »

Le diagnostic est plus complexe à l’adolescence qu’à l’âge adulte. « Quand un trouble émerge, les symptômes sont plus flous. L’ado est encore en développement, alors ce n’est pas toujours évident de savoir si on a affaire à un changement normal ou à un véritable trouble mental », affirme Mélanie Beaudry, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent au CIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal.

Pas juste dans la tête !

Les maladies mentales affectent non seulement le cerveau, mais tout le système nerveux (les nerfs connectés aux extrémités de nos orteils, à nos intestins et à notre coeur, par exemple). Grâce au système nerveux, le cerveau est en communication constante avec le corps et le monde extérieur.

Si l’activité des neurotransmetteurs est anormale, cela peut créer des hallucinations, des perceptions faussées ou des manifestations physiques de la maladie (crises de panique, perturbations du sommeil et de l’appétit). La plupart des médicaments utilisés en psychiatrie visent donc à rétablir le fonctionnement normal des neurotransmetteurs.

Ainsi, les personnes stressées peuvent avoir des maux de ventre, des maux de tête et des maux de dos « inexpliqués ». Ils sont bien réels et font mal pour vrai, mais ils ont une origine psychologique.

Texte : Raphaëlle Derome

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