Transgenre : le bouleversement

18 janvier 2019 - Marie-Pier Tremblay

Illustration : Axelle Lenoir

En octobre dernier, le New York Times révélait l’intention du président des États-Unis d’adopter une loi pour définir le genre – femme ou homme – sur la base des organes génitaux à la naissance. Ce serait définitif ! À moins de tests génétiques prouvant le contraire. Une personne pourrait changer d’identité de genre, mais sur les documents officiels, elle conserverait toute sa vie le genre assigné à sa naissance.

Selon le président américain, cette définition du genre est dictée par la science. « Faux ! » rétorquent 2 617 scientifiques, dont quatre prix Nobel, dans une lettre ouverte demandant à Donald Trump d’abandonner cette politique. « En plus d’être fondamentalement incohérente sur les plans éthique et scientifique, cette politique irait à l’encontre des droits de l’homme et de la dignité humaine », peut-on lire dans la lettre.

Les signataires sont inquiets de ses conséquences pour les millions d’Américains transgenres ou intersexes. Les personnes transgenres sont des gens dont l’identité de genre ne correspond pas à leur sexe biologique. Ils sont nés « fille » mais se sentent « garçon », ou l’inverse. Les intersexes sont nés avec un sexe biologique qui ne correspond pas à la norme. Par exemple, des organes sexuels à la fois mâles et femelles.

Annie Pullen-Sansfaçon, fondatrice de l’organisme Enfants transgenres Canada, s’insurge contre la position du gouvernement américain qui, selon elle, nourrit les préjugés à l’endroit des transgenres. « La transphobie, la discrimination, la violence dans les écoles…

Tout cela les affecte négativement. Le taux de suicide est très élevé chez les personnes transgenres. Vivre dans une société qui reconnaît leur identité et les accepte dans leur différence contribuerait à leur bien-être », explique-t-elle. L’inverse de ce que Trump envisage !

Cette politique ne tient pas compte non plus de la réalité complexe des personnes intersexes. Leur sexe biologique est parfois difficile à déterminer à la naissance. Et il ne reflète pas nécessairement leurs chromosomes sexuels. En effet, un enfant intersexe peut naître avec une vulve et des testicules internes ou un petit pénis. Il existe des dizaines de variantes !

Beaucoup d’enfants intersexes ont subi des chirurgies afin de rendre leurs organes génitaux « conformes à la norme ». Or, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme défend qu’à moins de raisons de santé, aucune chirurgie visant à orienter une personne vers un genre ou l’autre ne devrait être pratiquée avant qu’elle soit en mesure de donner son consentement.

Et puis, s’épanouir tout en ayant un corps différent de la norme, c’est possible, fait remarquer Janik Bastien Charlebois, chercheuse en sociologie et elle- même intersexe.

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Selon la Société canadienne de pédiatrie, la plupart des enfants ont une identité de genre bien établie à partir de l’âge de quatre ans. Ce qui n’exclut pas qu’elle change plus tard. Cette perception de soi n’est pas figée, elle évolue toute la vie durant.

Environ 50 % des personnes transgenres disent avoir pris conscience de l’incompatibilité entre leur identité de genre et leur sexe biologique avant l’âge de 12 ans. « Encore faut-il être capable de reconnaître ce mal-être et de le nommer. Il s’écoule souvent un certain temps entre le moment où le jeune en prend conscience et celui où il fait son coming out. C’est une étape très difficile », ajoute Annie Pullen-Sansfaçon.

Selon le WPATH (World Professional Association for Transgender Health), on ne peut établir clairement la prévalence de la transidentité dans la population. Ces études sont difficiles à mener. Cependant, les femmes trans (MTF) semblent au moins trois fois plus nombreuses que les hommes trans (FTM).

Il ne faut pas confondre le genre désigné à la naissance (genre d’assignation ou sexe biologique) et le genre d’identité. Le premier est déterminé sur la base des organes génitaux à la naissance, alors que l’identité de genre a trait à la perception de soi. Et ça ne se limite pas à l’identité féminine ou masculine. Une personne peut se sentir ni homme ni femme, les deux à la fois ou quelque part entre les deux.

Texte : Sarah Perreault

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Une réponse à “Transgenre : le bouleversement”

  1. Guillaume Cyr dit:

    Je suis très content que Curium prend l’occasion de cette nouvelle pour parler des personnes trans et intersexuées. Par contre, il y a quelques maladresses et coins tournés ronds.

    1. La définition d’une personne trans devrait plutôt être formulée ainsi : Personne qui ne s’identifie pas au sexe qu’on lui a assigné à la naissance. Les groupes trans sont la meilleures source pour une définition, car c’est leur expertise. Il vaut éviter de parler d’«incompatibilité» entre les organes génitaux et l’identité de genre. Il faut aussi éviter le narratif «né.e dans le mauvais corps», puisqu’il ne convient pas à beaucoup de personne trans et suppose que leur corps n’est pas «correct». Une conception erronée fréquente circule à l’effet que les personnes trans vont nécessairement chercher à modifier leur corps (hormones, chirurgies), alors que c’est une partie seulement de celles-ci. Il existe une grande variété de manières de faire une transition.

    2. La définition d’une personne intersexuée est correcte. Mais, leur sexe biologique n’est pas «difficile à déterminer», il est difficile à catégoriser dans les catégories «mâle» et «femelle». Ces catégories peuvent être utiles pour parler des gamètes (ovules et spermatozoïdes), mais pas pour parler d’individus. On a tous des corps sexués, avec un grand éventail de variantes. De plus, ce n’est pas que «leur sexe biologique ne reflète pas nécessairement leurs chromosomes sexuels», c’est plutôt que leur corps sexué ne correspond aux attentes qu’on se fait de la correspondance avec la 23e paire de chromosomes. La forme de leur organes génitaux est souvent tout aussi déterminée génétiquement, mais c’est plus complexe que XX>vulve et ovaires ou XY>pénis et testicules.