Histoire d’ados : je pensais que j’étais trans

19 avril 2021 - pauline maudelonde

 

 

Lara, 14 ans

 

 

On m’a toujours dit que l’adolescence allait être la période la plus difficile de ma vie ou presque. La puberté : trouver qui tu es et tout et tout.

À 12 ans, je suis sortie du placard comme lesbienne. Mes amies l’ont su avant que je le dise à ma famille. Sortir du placard est un des trucs qui m’a terrifiée le plus dans ma vie, même si mes parents m’ont toujours dit qu’ils allaient m’accepter, peu importe qui je suis ou ce que je fais.

Plus tard, j’ai commencé à me questionner sur mon genre.

« Étais-je vraiment une fille ou plutôt un garçon ? Étais-je entre les deux ? J’ai finalement annoncé que j’étais transgenre. Encore une fois, la peur était là. Malgré tout, j’ai commencé à demander à mon entourage d’utiliser un autre nom et des pronoms différents. Les professeur·e·s et les élèves de ma classe étaient très ouverts d’esprit et m’ont acceptée.

J’ai consulté une spécialiste. Mon père a fait beaucoup de recherches sur le sujet. Il essayait de m’en parler, mais en utilisant toujours mon nom de naissance. Dans ces moments-là, je le détestais. J’ai compris plus tard qu’il essayait juste de comprendre et de s’assurer que j’allais dans la bonne direction.

Puis, j’ai commencé à me questionner. Est-ce que je m’étais trompée ? La nuit, ça me tenait éveillée pendant des heures. Je me suis éloignée de la communauté trans sur Internet, car je sentais que mes doutes étaient mal vus. Et j’ai été un bout sans y penser du tout. Ça faisait du bien. Mais c’est comme si mon subconscient avait continué à penser, même si moi je ne me creusais plus la tête. J’ai finalement avoué à mon père que je n’étais plus certaine d’être transgenre, mais seulement lesbienne.

Aujourd’hui, il faudrait que je sorte du placard une troisième fois à l’école !! Ça fait vraiment peur, j’ai vraiment pas le goût de le faire. Une phrase que mon père m’a lue me reste toujours en tête : « On ne se SENT pas un genre, on EST un genre ». Je ne sais pas pourquoi cette phrase me marque. Moi,je me sens juste… moi.

Après avoir lu le témoignage de Agathe, la Dre Sophie Leroux, psychologue, propose cette réflexion :

Entre 10 et 14 ans, c’est normal de se poser des questions sur son identité, incluant son identité de genre. Quand on a des jeunes qui pensent être trans à cet âge, on les achemine vers des bloqueurs de puberté. Mais il faut savoir qu’on est alors dans un processus d’EXPLORATION de leur identité. Et que les bloqueurs ne font que donner du temps pour bien faire cette exploration.

Lara a ressenti le besoin de dire très vite des choses. Elle a subi de la pression. Comme si ne pas s’afficher rapidement était mal, ce qui est faux. Le meilleur chemin, maintenant, c’est celui de l’honnêteté. « J’étais en début d’adolescence, je me posais des questions. C’était des bonnes questions mais je me suis peut-être avancée trop vite. Maintenant que je suis un peu plus vieille, je suis plus à l’aise qu’avant dans mon identité de genre. » À 14 ans, elle peut aussi dire qu’elle est encore en questionnement et qu’un jour ça sera plus clair, mais que pour le moment, elle préfère qu’on retourne au pronom féminin.

Une grosse partie du problème, c’est que le sujet suscite les passions. Pour certaines personnes, quand tu es trans, tu l’es pour toujours. Sinon c’est vu comme une trahison. Pour d’autres, une identité trans, ça peut être plusieurs choses. Même plus vieux ou plus vieille, tu peux changer d’idée et c’est ok ! Lara a pris une décision un peu hâtive, certes, mais ce n’est pas si grave. L’identité de genre, c’est quelque chose qui peut évoluer dans le temps.

Sophie Leroux, psychologue 

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