Quand les mégadonnées sauvent des vies

17 février 2020 - Marie-Pier Tremblay

D’un côté, il y a l’intelligence artificielle, la vision par ordinateur, les assistants vocaux, les chatbots, la reconnaissance faciale : l’innovation. De l’autre, il y a des géants technologiques qui s’échangent de l’information sur nos habitudes de consommation, nos goûts et nos comportements sans trop se soucier de respecter notre vie privée. Et entre les deux, il y a les données. Beaucoup de données. Tellement, qu’on ne parle plus de données, mais de mégadonnées.

Ni bonnes ni mauvaises, c’est ce qu’on décidera d’en faire, et comment on le fera, qui déterminera si elles rendront notre vie plus simple, ou plus complexe…

C’est en 2006 qu’est apparue pour la première fois l’expression big data, d’abord traduite par «données massives», puis par «mégadonnées». À l’époque, Facebook était encore naissant, et Amazon n’était qu’un libraire qui vendait ses livres par Internet. En numérisant et stockant des données de toutes sortes dans des serveurs, on a commencé à réaliser l’énorme quantité de données créées, chaque jour, par l’activité humaine…

Depuis le début des années 1980, soit grosso modo à partir du moment où l’informatique est entrée dans notre quotidien, on estime que le volume de
données double tous les 40 mois. Suivant cette logique, en 2020, on aurait en banque quelque chose comme 44 zettaoctets de données numériques.

Dit autrement, s’il nous prenait la folle envie de «consommer» toutes ces données sous forme de films, il faudrait que tous les habitants du Canada y passent toute leur vie, de leur naissance à leur mort. Vous avez d’autres projets. Nous aussi ! D’autant plus qu’entre temps, on aura encore multiplié par 20 la quantité de données produites !

Les mégadonnées : c’est un tas de chiffres, d’articles et de contenus pêle-mêle, stockés un peu partout sur Internet, dans tous les formats, provenant de nombreuses sources très différentes. Bref, en plus d’être gros, c’est aussi extrêmement bordélique.

Trier, filtrer, puis analyser ces données est une tâche inhumaine. Même Marie Kondo s’y perdrait ! C’est là qu’entre en scène l’intelligence artificielle. Avec les bons algorithmes, un système informatique parvient à repérer les données similaires, à les regrouper et à les étudier pour en extraire des informations autrement inaccessibles. L’intelligence artificielle peut, par exemple, détecter la présence de maladies et de cancers sur des radiographies, à un stade si précoce qu’ils échappent à l’oeil humain.

L’IA n’a aucune connaissance du fonctionnement du corps humain. Mais en comparant les images qui lui sont soumises à une volumineuse banque d’images similaires, elle détecte des anomalies, que même le meilleur médecin, avec les meilleurs instruments ne parvient pas à déceler.

Qui sont les poids lourds des mégadonnées?

L’industrie des mégadonnées est composée d’entreprises expertes :
– en collecte de données;
– en stockage de données ;
– en analyse de données et en stratégies pour s’en servir !

Netflix, par exemple, analyse les données recueillies auprès de ses abonnés pour personnaliser son offre client. Vous avez terminé les 236 épisodes de Friends ? Netflix vous propose des choix en fonction de ce que vous avez déjà visionné, mais aussi selon ce que les autres utilisateurs avec des goûts similaires aux vôtres ont regardé.

Netflix va même plus loin. On le sait, l’entreprise investit des milliards dans la création de séries et de films originaux et exclusifs à sa plateforme. Comment détermine-t-on si la prochaine production à succès sera un thriller politique, un drame fantastique ou une comédie d’animation ? Eh oui, grâce aux mégadonnées. Netflix analyse les thèmes et les sujets les plus populaires auprès de certains groupes d’abonnés (en fonction de l’âge, du sexe, de la localisation, etc.), et en tire des conclusions qui influenceront sa production.

Les fabricants de vêtements et d’accessoires connectés sont aussi de grands utilisateurs de mégadonnées. Apple, entre autres, mise sur le potentiel de ses technologies dans le secteur de la santé. Des millions d’exemplaires de sa montre Apple Watch lui ont dit la façon dont les gens marchent, courent, respirent… et parfois, trébuchent. Si bien que la société californienne sait désormais quand les gens chutent assez gravement pour se blesser. Elle envoie automatiquement une alerte, et si le propriétaire de la montre ne réagit pas, elle appelle les secours. Quelques dizaines de vies, un peu partout dans le monde, auraient ainsi été sauvées par l’Apple Watch.

Apple regroupe également toutes les données fournies par son Apple Watch, pour les confier à des centres de recherche universitaire spécialisés dans l’étude de différentes maladies, dont l’Alzheimer et le Parkinson.

La suite du dossier dans ton magazine.

Texte : Alain McKenna

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