Le mystère des cercles de fées de Namibie

21 octobre 2019 - Marie-Pier Tremblay

Dans ce pays d’Afrique, d’étranges cercles tapissent le désert.

En Namibie, l’un des grands mystères écologiques de notre époque résiste encore à la science. Dans ce pays du sud de l’Afrique se trouvent des cercles de quelques mètres de diamètre complètement dépourvus de végétation. Ces ronds sont disposés de manière plus ou moins régulière sur le sol, parfois à perte de vue. Ils sont si étranges que même les scientifiques les appellent « cercles de fées ».

Portrait-robot

  • Cercle d’un diamètre de 2 à 40 mètres
  • Autour, un anneau d’herbe assez fournie
  • Entre les cercles, de l’herbe plus éparpillée

Le monde occidental connaît leur existence depuis une centaine d’années. Certaines hypothèses assez farfelues ont été proposées pour expliquer leur formation, mais aucune ne s’est révélée concluante :

  • Émanations toxiques d’une espèce d’arbuste
  • Gaz s’échappant du sol
  • Anciens nids de termites
  • Radiations brûlant les végétaux

Pour le peuple Himba, qui habite la région depuis des lustres, il n’y a rien à expliquer. Les cercles de fées ont été créés par leur ancêtre « Mukuru ». Ce sont les « traces de pas des dieux ».

Des scientifiques s’efforcent de résoudre cette énigme. Les défenseurs de deux hypothèses s’affrontent dans une dispute scientifique digne d’un grand match de boxe.

Dans le coin gauche

L’équipe « termites ». Les pluies sont rares dans ce désert et l’eau s’évapore très rapidement. Pour régler ce problème, les termites mangent une partie de la végétation dans des cercles près de leur colonie. Ainsi, l’eau s’infiltre mieux dans le sable et est absorbée par le sol. Chaque colonie de termites entretient sa réserve d’eau.

Dans le coin droit

L’équipe « végétation ». Quelques plantes poussent, et leurs racines retiennent une partie de l’humidité près de la surface. D’autres plantes poussent juste à côté, et elles étendent leurs racines. En drainant l’eau des alentours, elles rendent le sol impropre à la vie. Par « auto-organisation », la végétation crée des cercles.

Depuis quelques années, chaque camp mène des campagnes d’observation sur le terrain et développe des modèles théoriques. Par l’entremise des médias et de publications scientifiques, chacun assène de bons coups à son adversaire. Toutefois, aucun n’arrive à le mettre K.O.

Question de compliquer encore plus les choses, on annonce en 2016 la découverte de cercles de fées en Australie, dans une région où on ne trouve pas de termites. Le sol était là-bas beaucoup plus dur qu’en Namibie, ce qui laisse croire qu’un mécanisme différent est à l’oeuvre.

Les cercles de fées ont une importance fondamentale dans le mode de vie des Himbas. Ils permettent la croissance d’herbes un peu plus abondantes où leurs boeufs, leurs chèvres et leurs moutons peuvent se nourrir.

Un compromis ?

Et si les deux phénomènes agissaient de concert ? Racines et termites s’accaparent l’eau, et ce faisant, organisent la végétation comme un fromage suisse ? C’est le compromis que propose une équipe de l’Université Princeton, aux États-Unis.

Pour tester leur hypothèse, les chercheurs ont modélisé le phénomène dans un modèle mathématique résolu par ordinateur. « Nous avons établi que les cercles sont probablement créés par les termites, tandis que l’auto-organisation des plantes était à l’origine des petites touffes de végétation qu’on retrouve entre les cercles », explique Corina Tarnita, une professeure de biologie à Princeton. Son équipe a d’ailleurs trouvé ces pompons difformes que personne n’avait remarqués avant.

Malgré tout, cette explication est loin de satisfaire tout le monde. Qu’est-ce qui dit que les termites informatiques se comportent comme leurs homologues de la réalité ? Et que faire des cercles de fées australiens ? Pour trancher, Corina Tarnita pense qu’il faudra des expériences plus intrusives. « On pourrait, par exemple, tuer les nids de termites associés à quelques cercles de fées et vérifier s’ils se remplissent de végétation au fil des ans. »

Affaire classée ? Pas pour l’instant.

Texte : Alexis Riopel

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