Je ne sais pas si je dois croire mon père ou ma mère

5 mai 2020 - Marie-Pier Tremblay

 

Par Tristan*, 14 ans

Tout a commencé lorsque j’avais 5 ans. Mes parents se sont séparés et je suis resté chez ma mère. Je ne voyais alors mon père qu’une fin de semaine sur deux.

Il faut savoir que ma mère a plusieurs troubles de santé mentale dont le TPL (trouble de personnalité limite). C’était pas si difficile de vivre avec elle, c’était juste pas comme dans les autres familles. Par exemple, elle ne nous emmenait jamais dehors sauf pour aller faire l’épicerie.

Un jour, elle nous a emmenés vivre dans un centre pour femmes battues. Nous sommes restés là pendant environ deux mois. Jusqu’à ce que la DPJ s’en mêle. J’ai alors appris que ma mère les avait appelés pour dire que mon père la battait et qu’il lui volait son argent.

Puis, changement de cap : ma mère a décidé de s’enfuir de ce centre.

De mon expérience à moi, mon père ne nous faisait aucun mal. Il faisait beaucoup de temps supplémentaire, envoyait son argent à ma mère et vivait chez ma grand-mère depuis la séparation.

La DPJ a décidé de m’envoyer chez mon père en visite supervisée. Je pense que les intervenants ont alors découvert que c’était ma mère le problème, et non mon père… J’ai donc eu le droit de vivre une semaine sur deux chez lui. Et c’est devenu l’inverse. J’ai vu ma mère de moins en moins. C’est devenu deux heures par semaine avec ma mère. Et ensuite, une heure et demie par mois. Pendant des années. C’est encore le cas. Je la vois vraiment rarement.

Mon père me dit que c’est parce qu’elle n’a jamais fait les démarches nécessaires. Mais le problème, c’est que je ne sais plus qui croire : la DPJ, mon père ou bien ma mère. Ma mère, j’ai l’impression de ne pas la connaître. Pour moi, c’est comme une tante. Moi, je voudrais la voir plus souvent. Je me sens séparé. Et triste. Je trouve les autres chanceux de ne pas vivre comme ça. En fait, j’ai l’impression que personne ne me comprend.

*nom fictif par souci de confidentialité

Réflexion de la psychologue Sophie Leroux :

Environ une personne sur cinq va souffrir d’une maladie mentale au cours de sa vie. Ça peut être vous, mais aussi vos parents. Vous êtes donc nombreux à devoir composer avec cette réalité, à des niveaux différents. Et quand un proche vit un problème de santé mentale, c’est toute la famille qui s’en ressent.

En raison de la fragilité de son état psychologique, un adulte peut avoir de la difficulté à prendre soin de son enfant, à lui donner l’affection et le milieu sécurisant dont il a besoin. Sauf exception, ce n’est pas par manque d’amour. Pas évident à démêler, je sais. Certains d’entre vous vont s’approprier des responsabilités d’adulte. D’autres auront de la difficulté à se concentrer à l’école et vivront de l’isolement.

Un « syndrome du survivant » peut aussi se développer, c’est-à-dire se sentir coupable d’aller bien et s’empêcher d’être heureux puisque la personne que vous aimez ne l’est pas.

Vous n’êtes pas responsable de l’état de santé mentale de votre parent. Être renseigné sur son trouble et son impact peut aider. Avoir un autre adulte stable et de confiance dans la vie est supportant. Il faut aussi briser l’isolement à travers des activités valorisantes et plaisantes.

Coupé du lien maternel, il est normal que Tristan éprouve de la tristesse. Et cette tristesse camoufle souvent de la colère en raison d’émotions contradictoires. Considérant son besoin de se rapprocher de sa mère, il peut demander à rencontrer un intervenant psychosocial à son CLSC qui le soutiendra dans sa démarche. De façon générale, dessiner ou écrire ce que l’on ressent peut aider à s’exprimer et être moins envahi. En tout temps, un appel à Tel-jeunes offre support et conseils.

 

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