Internet: sommes-nous tous surveillés?

20 janvier 2017 - Rédaction Curium

yeux

Curium répond à vos questions!

Est-ce que Snapchat efface vraiment nos Snaps une fois qu’ils sont expirés ?

Oui, une fois qu’ils ont été vus par tous les destinataires. (Les Snaps dans Ma Story restent archivées un peu plus longtemps ; ceux que vous partagez sur le réseau public Live ou Local restent là pour toujours.) Mais n’oubliez pas : c’est très facile pour quelqu’un d’enregistrer le contenu d’un Snap…

Par ailleurs, si vous utilisez des contenus commandités ou visitez des sites externes à partir de Snapchat, l’annonceur est avisé et peut vous suivre en ligne… Vous utilisez le filtre « taco »? La chaîne de restos mexicains sait que vous (12-17 ans, Montréal) avez interagi avec sa marque pendant 45 secondes pour envoyer des Snaps à 17 de vos amis.

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Est-il vrai qu’on peut activer à distance la webcam d’un ordinateur ?

Oui, mais il faut pour cela installer sur l’ordinateur un logiciel malveillant. Peu de chances que vous soyez ciblé(e)s personnellement, mais si cela vous inquiète, faites comme Mark Zuckerberg et le directeur du FBI : placez un morceau de ruban adhésif sur votre caméra quand vous ne l’utilisez pas !

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Est-ce que Facebook écoute nos conversations ?

Facebook n’espionne pas le contenu de vos conversations en personne. L’application demande l’accès au micro de votre téléphone pour vous permettre d’enregistrer des vidéos dans Facebook et pour identifier les chansons qui jouent dans le lieu où vous vous trouvez.

Est-ce que Facebook et Snapchat ont accès aux photos dans mon cellulaire ?

Une application mobile doit avoir accès à votre caméra et à vos photos pour que vous puissiez les partager sur le réseau. Mais l’application ne va pas « aspirer » vos photos sur Internet malgré vous.

 

La police a-t-elle accès à mon profil Facebook ou au contenu de mon téléphone ?

« Il faut présumer qu’elle en a la capacité », dit José Fernandez, professeur d’informatique à Polytechnique Montréal et spécialiste en cybersécurité.

En pratique, la police n’espionne pas n’importe qui. Mais si elle enquête sur quelqu’un, elle peut demander au fournisseur de service cellulaire le registre d’appels du client : la liste de tous les appels entrants et sortants avec le numéro du correspondant, ainsi que le moment et la durée de l’appel. Elle sait aussi activer à distance une webcam, un micro ou le GPS d’un téléphone cellulaire et pirater un téléphone pour le déverrouiller.

Pour ça, il lui faut un mandat, c’est-à-dire l’autorisation d’un juge. Cette procédure vise à éviter les abus de pouvoir de la police. La Charte canadienne des droits et libertés protège en effet les citoyens contre « les fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives ». La police doit donc convaincre le juge que la personne représente un risque ou que cette écoute est essentielle pour faire avancer une enquête importante.

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Et les services secrets ?

Traditionnellement, les services de renseignement ciblaient des personnes particulières : espions étrangers, mafieux, terroristes. Mais en 2013, l’informaticien et ex-employé de la NSA(1) Edward Snowden, a révélé que les services secrets (la NSA, mais aussi les agences alliées d’autres pays) pratiquaient désormais la surveillance de masse : tout le monde est surveillé, même les honnêtes citoyens.

Attention : la NSA n’écoute pas les appels et ne lit pas les courriels de tout le monde. Elle observe surtout le trafic global : en interceptant les métadonnées(2), elle découvre « qui parle à qui ». Maintenant que tout se fait par Internet, les métadonnées sont extrêmement riches en information. « Avec assez de métadonnées, plus besoin du contenu pour créer un portrait complet de la vie d’une personne » soulignait Edward Snowden(3) en visioconférence à l’Université McGill.

À une certaine époque, la surveillance coûtait très cher. Il fallait plusieurs équipes pour mettre quelqu’un en filature : on notait à quelle heure la personne sortait de chez elle, la plaque d’immatriculation de sa voiture, où elle travaillait, où elle mangeait et avec qui. « L’agent ne s’approchait pas assez pour entendre la conversation (et éveiller les soupçons), mais pouvait déduire s’il s’agissait d’une relation d’affaires ou d’une relation amoureuse », illustre Snowden.

Maintenant, toutes ces informations sont facilement disponibles grâce aux métadonnées. « Assis derrière mon bureau de la NSA, je pouvais suivre à distance de nombreuses cibles en même temps, raconte Edward Snowden. Le faible coût des technologies permet de capter et stocker de l’information à une échelle inédite dans l’histoire de l’humanité.»

menottes

Je ne suis pas un criminel. Pourquoi m’inquiéter ?

Qu’importe si le gouvernement sait que vous avez appelé votre mère à 17 h 30 le 12 février 2014 ? « La vie privée, ce n’est pas seulement pour ceux qui ont quelque chose à cacher. C’est primordial pour une société libre et ouverte dans laquelle chacun peut être soi-même et penser ce qu’il veut », dit Edward Snowden.

Et la vie privée n’est pas qu’une affaire personnelle. En protégeant le droit à la vie privée, on protège les journalistes d’enquête, les dissidents politiques, les militants et sonneurs d’alertes, dont le travail et l’engagement bénéficient à tous. Pour les défenseurs de la vie privée, la surveillance massive ne vise pas à combattre le terrorisme, mais à contrôler la population.

Quand on se sait observé ou surveillé, notre comportement change. On devient plus conformiste, plus obéissant. En classe, chanteriez-vous à tue-tête en vous déhanchant comme vous le faites dans votre chambre ? Parleriez-vous des crottes de nez protubérantes de votre prof de maths si la directrice mangeait à la même table que vous ?

1 National Security Agency, l’une des agences de renseignement des États-Unis.

2 Les métadonnées indiquent l’expéditeur et le(s) destinataire(s) d’un message, la date et l’heure de l’envoi, la durée d’un appel, etc.

3 Accusé d’espionnage par le gouvernement américain depuis ses révélations, Snowden fait face à des décennies de prison s’il retourne dans son pays. Il est exilé en Russie depuis 2013.

 

Texte: Raphaëlle Derome

Raphaëlle est journaliste au magazine Curium.

Merci à Dan Posalski, président-directeur général chez Black Angus

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