Je suis kawaii à 100%

11 février 2019 - Marie-Pier Tremblay

 

 

Par Luna, 17 ans. (Nom fictif)

 

C’est au début de mon adolescence que tout a commencé. Quand j’ai compris que je devais arrêter de porter des vêtements pastel et mignons pour des vêtements bruns, noirs ou rouges. Ça m’a vraiment dérangée. Moi,  je voulais encore des chandails avec des licornes ! Pourquoi il aurait fallu que j’arrête parce que j’étais devenue une adolescente ? C’est sûr que ça ne faisait pas plaisir aux garçons que je veuille continuer d’être enfantine, que j’embarque pas dans le beat « être adulte et sexy » mais moi, ça me tentait pas d’avoir ce regard-là sur moi. Surtout qu’on l’a tellement déjà trop tôt ! Même avant d’avoir des formes ! Alors oui, je voulais rester dans l’amusement, dans le beau de l’enfance. Et c’est encore le cas. Je refuse le sérieux dans mon temps libre.

Tout va toujours mieux avec un chandail de licorne pis des glitters partout.

S’habiller kawaii, c’est comme célébrer une vie sans problèmes d’adultes. Il y a plusieurs sortes de mode kawaii, (qui veut dire en fait « mignon » en japonais). Je suis une adepte de Fairy kei qui mise sur le pastel : les vêtements amples et super confortables, les bracelet de billes, les pantalons à pois. Ça passe assez bien dans les endroits publics. Mais j’aime surtout le Mahou kei (style de mode inspiré des magical girls) : la grosse boucle sur la tête, la grosse robe, la baguette… Mettons que ça, ça attire l’attention. C’est over the top. Et j’adore ça ! Les gens qui me regardent, je sais pourquoi ! Je suis la chose la plus cute qu’ils ont jamais vue !

Ce qui est bizarre, c’est que je ne le fais vraiment pas pour attirer l’attention. C’est vraiment juste pour moi. Pour me sentir bien. Il y a d’ailleurs des journées où je vais trouver ça difficile de sortir et faire mes choses. Surtout si je suis seule. Mais c’est une armure contre la vie extérieure. M’habiller kawaii ca m’aide beaucoup, dans tout ! Mon estime de moi s’est beaucoup améliorée !

En partant, quand tu portes des vêtements colorés passé le cap des 12 ans, tu te fais regarder et juger. On dirait qu’il y a une règle non écrite qui dit que quand tu vieillis, t’aimes plus les couleurs. Sauf rouge ou jaune moutarde. Si tu veux du lavande ou alors du rose, du jaune bébé, ben… ça va être un accessoire… pis ça va être juste à Pâques ! Quand je vois quelqu’un qui a un manteau rose, je trippe pis j’ai le goût d’aller lui parler. (Ça arrive vraiment pas souvent.)

Ça serait facile de penser que ce style est là pour plaire aux hommes. Mais c’est complètement faux ! Il faut même se méfier quand le gars aime ça parce que peut-être qu’il pense qu’on est un enfant, tsé. Être Lolita, c’est justement être contre l’hypersexualisation du corps féminin. On cache la poitrine, les cuisses, les poignets… Le but est de se sentir bien : sans regard sexuel ! C’est vraiment pour nous ! Tant mieux si ton copain aime ça, mais l’important c’est que tu te sentes bien ! Ca n’a vraiment rien à voir avec le roman Lolita de Vladimir Nabokov !

Ce qui m’agace ? Les phrases du genre : « T’es-tu en pyjama ? » « Eille c’est pas l’Halloween ! » Ou le monde qui me prennent en photo sans me le demander ! Je pogne les nerfs. Surtout quand ils refusent de les effacer. Mais pour le reste, ça va bien. Et ma mère aime clairement plus le kawaii que ma passe punk. ^_^

 

 

Kawaii, c’est quoi au juste ?

On utilise l’adjectif kawaii (mignon) pour décrire des enfants dans la langue japonaise. Mais depuis plusieurs années, des centaines d’adultes se sont approprié le terme. Ils arborent dentelles, froufrous et vêtements d’inspiration Hello Kitty dans les rues de Tokyo, particulièrement dans le quartier Harajuku.

Au Japon, cette mode qui emprunte au monde de l’enfance est visible dans les grands centres depuis une quarantaine d’années. On l’explique souvent par un désir de se rebeller contre un univers social étouffant où il faut se conformer aux règles de la performance et de l’austérité.

Certaines stars américaines se sont inspirées récemment de la mode kawaii, pensons à Katy Perry ou encore Ariana Grande, important ainsi la mode nippone en Occident. Le courant kawaii génère depuis beaucoup de discussions. Certaines personnes s’inquiètent de ce mouvement qui, selon elles, touche à la représentation sociale des femmes. « Déguiser une femme en enfant, c’est en faire une personne inoffensive, impuissante et digne de condescendance », écrit la chroniqueuse Hadley Freeman dans le journal britannique Guardian.

« Ce n’est pas parce qu’une femme s’habille comme une poupée qu’elle veut être traitée comme telle », rétorque Misha Janette, célèbre journaliste de mode américaine. Bref, le sujet demeure épineux.

Il existe plusieurs communautés kawaii actives au Québec, dont une assez importante de Lolitas (privilégiant les vêtements de poupées de porcelaine) qui organise activités et sorties. Curieux/curieuses ? Les événements qui célèbrent les animes japonais comme le Otakuthon sont aussi un bon endroit pour en apprendre plus (ou pour acheter la baguette magique assortie à votre robe).

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