Jeunes radicalisés, pourquoi et comment?

18 août 2017 - Rédaction Curium

Ils ont 15, 17, 20 ans. Ils sont Canadiens, Français, Britanniques ou Belges.

Ils devraient passer la soirée avec des amis ou regarder une série télé en rafale sur Netflix. Mais non. Certains s’envolent pour la Syrie. D’autres commettent des attentats chez eux, au nom du djihad.

Pourquoi ?

Les jeunes qui se radicalisent ont de graves problèmes de santé mentale. Faux 

Au contraire, les groupes radicaux recherchent avant tout de bons soldats, avec la tête sur les épaules. Ils ont plutôt tendance à rejeter les éléments qui risquent de leur causer des problèmes.

Ce sont tous des immigrants maghrébins. Faux 

Il y a des gens nés au pays, comme les Québécois Martin Couture- Rouleau* et Michael Zehaf-Bibeau*, qui commettent des attentats.

Ces jeunes sont des intégristes religieux. C’est-à-dire des croyants qui respectent les règles de leur religion à la lettre et refusent toute évolution. Faux 

Beaucoup connaissent très mal la religion pour laquelle ils se battent. Des djihadistes ont même acheté Le Coran pour les nuls avant de s’embarquer pour la Syrie !

Tout le monde peut se radicaliser : Vrai

Les jeunes radicaux viennent de toutes les classes sociales et de tous les milieux.

* Le 20 octobre 2014, Martin Couture- Rouleau (dit Ahmad le converti) tue un militaire et en blesse un autre à Saint-Jean-sur- Richelieu, avant d’être abattu par la police. L’homme de 25 ans avait adhéré à l’islam environ un an auparavant.

Deux jours plus tard, le 22 octobre, au parlement d’Ottawa, Michael Zehaf-Bibeau fusille un caporal. Le forcené, âgé de 32 ans et natif de Montréal, est tué à son tour.

À LA VIE À LA MORT?

Seriez-vous prêts à mourir pour une cause ? Répondre non, c’est normal. L’être humain est génétiquement programmé pour assurer sa survie. Comment expliquer alors que des jeunes de plusieurs pays rejoignent le djihad* au péril de leur vie ?

Des jeunes se tournent vers les groupes radicaux parce qu’ils sont en quête de sens, dit Jocelyn Bélanger, professeur de psychologie à l’UQAM et spécialiste des processus de radicalisation.

Plusieurs n’adhèrent pas aux valeurs de notre société. En perte de repères, ils cherchent un idéal auquel s’accrocher. Mais quoi ? Rétablir la justice dans le monde ? Tout un contrat ! Protéger la planète ? Écologistes et pollueurs, c’est un remake de David contre Goliath. Et la politique ? Elle alimente davantage le cynisme que l’action. Pour certains jeunes, l’islamisme radical donne des réponses toutes faites à cette quête de sens. C’est, pour eux, une promesse de sécurité, un projet révolutionnaire et collectif.

Le groupe armé État islamique (EI)* offre à ces jeunes la possibilité d’être acceptés par un groupe. Mieux, de devenir des héros. Ils adhèrent à l’idéologie pour obtenir du prestige et un statut. Enfin, ils seront utiles. Enfin, ils retrouveront une image positive d’eux-mêmes.

La force du nombre

« À partir du moment où leur identité – et c’est vrai pour tout le monde – est définie par un groupe, ils ont moins peur et gagnent du pouvoir », affirme Jocelyn Bélanger. Ils n’ont plus peur de mourir. Ils sont même prêts à se sacrifier pour le clan. Et lorsque leur groupe (dans ce cas-ci l’EI) se sent menacé – de façon réelle ou imaginaire – ils ont le devoir de s’investir et de le défendre.

* Faire le djihad, c’est partir au combat, mener une action armée pour étendre l’islam ou le défendre. Mais attention ! Pour le groupe armé État islamique, l’islam n’est pas seulement une religion. C’est une idéologie politique qui prône la création d’États islamiques et l’application stricte de la charia.

Et la charia ? C’est la loi qui régit la vie religieuse, politique, sociale et individuelle. Elle est appliquée de manière rigoureuse dans certains États musulmans.

Succès instantané 

Mais pourquoi rejoindre une organisation violente ? Ce ne sont ni les groupes ni les causes louables qui manquent ! « Parce qu’une personne qui pense qu’elle n’a pas d’avenir (un peu comme les membres de gangs de rue) réalise que la violence lui donne du pouvoir », répond Jocelyn Bélanger.

Elle est soudainement puissante, mais surtout applaudie et approuvée par sa bande. La gratification est beaucoup plus modeste lorsqu’on fait le choix de s’impliquer dans une organisation humanitaire ou écologique, par exemple.

« Si tu laves un lépreux ou que tu vas à la soupe populaire, on ne te met pas sur un piédestal pour chanter tes louanges», remarque le chercheur. Pour les gens qui souffrent de solitude et d’exclusion, le but est d’intégrer un groupe. L’adhésion à l’idéologie n’est que le moyen d’y parvenir.

Le djihad, un pansement

« Souvent, ce sont des personnes rejetées, humiliées qui ressentent une grande douleur », note le chercheur. Une étude publiée dans la revue Science a d’ailleurs démontré que les zones du cerveau activées par la douleur sociale (le sentiment d’exclusion) sont les mêmes que celles associées à la douleur physique. Se faire rejeter, ça fait donc VRAIMENT mal !

La radicalisation, c’est quoi ?

Personne ne se réveille un matin en décidant de devenir terroriste ! La radicalisation est un processus. Une idée qui chemine tranquillement (et pas toujours consciemment). Elle se manifeste par un changement d’attitude et de comportement extrême.

Ruminations…

Beaucoup de questions… et parfois si peu de réponses. Pas toujours facile de trouver sa place ! Vous sentez-vous protégés et valorisés par votre communauté ? Vous laisse-t-on en plan ? Commentaires, idées, réflexions, projets de révolution…

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Développer un sentiment d’appartenance à un pays, une région, une collectivité, un groupe, c’est bon pour l’amour-propre. « Pour se sentir citoyen, un jeune doit se sentir défendu par sa société. S’il est seulement défendu par  » sa  » religion, il y a des risques de dérives », affirme Bochra Manaï, membre du groupe interministériel sur la radicalisation.

L’antidote selon les experts? 

Le respect et la dignité.

Les gens qui se sont radicalisés ont été manipulés. Ils ont appris à déshumaniser « l’autre ». Les nazis n’exterminaient pas des juifs, mais des « coquerelles ». Les djihadistes ne s’attaquent pas à des hommes ou à des femmes, mais à des « infidèles ».

Or, lorsqu’ils recommencent à échanger avec « ces autres », les jeunes embrigadés réalisent non seulement qu’il s’agit d’humains, mais que la plupart sont bienveillants. Il se crée alors une ouverture et ils changent profondément.

Un exemple:

En 2009, le chef des Tigres tamouls (un groupe armé sri lankais) est tué. Le gouvernement conclut un armistice avec les insurgés, qui intègrent un programme de déradicalisation. Ils sont 11 000. On les appelle les « bénéficiaires ». Ils sont regroupés dans un bâtiment dont ils ne peuvent sortir, mais où ils peuvent circuler librement. On discute, on fait de la méditation, on leur apprend des métiers, mais surtout on les traite avec respect et considération.

Résultat : 0 % de récidive. 

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