J’ai été adoptée

17 mars 2020 - Marie-Pier Tremblay

 

Par Éliane*, 16 ans

 

Je viens de la Corée du Sud. Oui, oui, le pays de BTS et des madames habillées en rose brillant. J’ai été adoptée quand j’avais 4 mois, donc je ne me souviens de rien de là-bas.

De toutes façons, moi, la culture coréenne, c’est pas vraiment mon genre. Je n’aime pas la k-pop et je suis davantage du style Nathalie dans Si on était. Je ne me sens aucune appartenance avec la culture coréenne. J’y ai même pas habité un an !

Par contre OMG, J’ADORE la bouffe coréenne, c’est tellement bon et plein
de saveurs, et c’est tout le temps super gastronomique ! Même leurs repas
de base ! Tu manges ça pis t’es genre whoaaaa !

Ce qui achale pas mal tous les gens adoptés, c’est la question : est-ce que tu t’ennuies de tes parents ? Euuuh… Je les ai jamais vraiment connus. Donc non ! ? Au primaire, c’était pire. Mes amis disaient : « j’ai hâte de rencontrer ta belle-mère ». Ou pire, certains disaient même « ta fausse mère » ( !) C’est vrai
que nous sommes extrêmement différentes physiquement. Quand j’étais plus jeune et qu’on nous voyait ensemble, les autres le remarquaient.

Ce genre de commentaires m’affectait beaucoup. Je réagissais un peu bête. Je
pleurais souvent. Mais quand on vieillit, on commence à comprendre que les commentaires des gens, c’est pas important.

Être adoptée ne veut pas dire que tu as été abandonnée par tes parents parce que tu étais trop laide !! Avec le temps, j’ai donc appris à ne plus leur accorder d’importance.

Il y a une seule chose qui, personnellement, me remet en question. Et c’est quand une personne me dit : « Si j’avais été adoptée, je penserais à mes parents tous les jours. » Ça, c’est le truc qui me bouleverse. Je me demande si ça ne devrait pas être le cas parce que c’est quand même ma famille…

Je ne suis jamais allée en Corée, mais j’aimerais ça.

Par contre, je ne crois pas vouloir rencontrer ma mère biologique, car je ne me sens pas vraiment prête psychologiquement. Je crois que pour l’instant, je suis correcte sans savoir son identité.

Aussi, je n’aime pas trop quand les gens me posent des questions, car je trouve ça très personnel comme situation. Mais je sais que ce n’est pas leur faute. Ils ne peuvent pas comprendre la situation s’ils ne sont
pas adoptés.

Le point positif : les adeptes de la mode kawaii et les amateurs de k-pop sont tous jaloux de ma nationalité.

*nom fictif par souci de confidentialité

Réflexion de la psychologue Sophie Leroux :

La quête d’identité, c’est l’histoire d’une vie. Toutefois, elle prend une place importante à l’adolescence, lors de la transition vers l’indépendance. C’est le moment d’essayer différents styles vestimentaires, de questionner les valeurs parentales et de faire diverses expériences pour mieux se définir. Si elle se fait en douceur pour certains, d’autres vont la vivre plus intensément, comme pour Éliane.

Comme tous les enfants adoptés, Éliane doit composer avec deux filiations : ses parents biologiques, connus ou pas, et ses parents adoptifs. Quelles sont mes origines ? Est-ce que je vais faire de la peine à mes parents adoptifs si je veux en apprendre davantage sur mes parents biologiques et leur culture ?
À qui je m’identifie ? Comment, et jusqu’à quel point, mixer les deux ? Ce type de questionnement, très personnel, est bousculé par les commentaires des autres, surtout en présence d’une différence physique. Pas simple de vivre sa quête d’identité en paix !

Ce processus peut donc être plus ou moins difficile psychologiquement. Certains vont bénéficier d’un support (ex. : intervenant, regroupement en adoption). Un échange avec vos parents adoptifs peut vous aider à clarifier
certains aspects. Il est plus facile d’ouvrir le dialogue avec eux quand ils ont réglé leurs propres enjeux liés à l’adoption. Chose certaine, chacun va vivre à son rythme et à sa façon cette quête d’identité.

 

 

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2 réponses à “J’ai été adoptée”

  1. Anonyme dit:

    Moi aussi j’ai été adoptée et je comprends totalement ta situation. Même au secondaire, les gens continuent de me dire des affaires pas correctes. Ça m’énerve vraiment quand ça arrive. C’est même arrivée que ma prof de mathématiques fasse un commentaire raciste à mon encontre. On me pose également énormément de questions sur mes origines. Ça me gêne car c’est parfois indiscret et ça me malaise profondément. Je voulais aussi te dire que ça m’a aidée ce que tu as dis. Je ne connais qu’une autre personne qui a été adoptée et ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas la seule à avoir des questionnements à propos de ça. Donc merciiiiii!