Et si les humains pouvaient passer en mode hibernation ?

5 novembre 2020 - pauline maudelonde

Passengers, Interstellar, Aliens… Dans les films de science-fiction, les voyageurs de l’espace sont placés dans un état de sommeil profond pour parer aux difficultés de leur périple intergalactique. Et si la clé de l’hibernation pour les humains se cachait dans notre code génétique ?

Octobre 2006. Mitsutaka Uchikoshi rentre d’un piquenique sur le mont Rokko, dans l’ouest du Japon. Pas de bol, le randonneur perd son chemin, tombe du haut d’un rocher et se blesse au dos.

Incapable de bouger, avec pour seule amie une bouteille de sauce barbecue, unique vestige de son repas. La fatigue l’emporte, tout devient noir…

Quand les secouristes le retrouvent, 24 jours plus tard, la température de son corps est de 22 °C, soit 13 degrés sous la barre de l’hypothermie. Son pouls est tout juste perceptible et ses organes fonctionnent au ralenti, comme en hibernation.

Des années plus tard, le trentenaire ne garde aucune séquelle de cet épisode.

Un miracle ? Peut-être…

Aux frontières de la mort

En période d’hibernation hivernale, le métabolisme de l’animal atteint un niveau extrêmement bas, une réduction allant jusqu’à 99 %. Chez l’écureuil arctique, la température abdominale chute sous le point de congélation. Chez certaines espèces de chauve-souris, les battements cardiaques passent de 400 à 4 par minute. Pas mortes, mais presque !

On a même découvert des lémuriens nains de Madagascar qui hibernent roulés en boule, enfouis sous 10 à 40 centimètres de terre. Il s’agit de notre plus proche cousin primate capable d’hibernation de longue durée. L’humain pourrait-il en faire autant ?

Torpeur artificielle

La médecine permet de provoquer une torpeur profonde chez des patients gravement blessés ou malades. On parvient à réduire le métabolisme et la température du corps de quelques degrés, en injectant une solution saline froide dans les veines.

L’intensité et la durée de la torpeur sont beaucoup moins importantes que l’hibernation animale. Et on est très loin du voyage de 120 ans de Jennifer Lawrence dans Passengers ! C’est toutefois suffisant pour retarder les processus destructifs en cours et tenter de sauver les patients.

Est-ce que c’est dans nos gènes ?

Pour repousser davantage les limites de cet état de veille chez l’humain, il faut d’abord mieux cerner les déclencheurs de l’hibernation. Ce que permettent de faire les nouvelles techniques en biologie moléculaire et en séquençage d’ADN.

En juin dernier, deux équipes de recherche ont indépendamment étudié le sujet. Avec des approches différentes, mais un même résultat : les deux sont parvenues à provoquer un état de torpeur chez des rongeurs, en identifiant et en agissant sur un gène responsable de l’hibernation.

D’autres gènes interviennent-ils dans le processus ? Si oui, quels sont-ils ? L’humain en possède-t-il ?

« Si on a déjà tout le nécessaire présent dans nos gènes, il suffirait peut-être simplement d’activer le tout pour induire une sorte de torpeur naturelle, indique Jérôme Côté, neuroscientifique et coordonnateur de Neurosciences Sherbrooke. Ce serait une avenue moins complexe que d’utiliser la voie pharmacologique.»

 

Julie Champagne

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