Écoanxiété : quand crise écologique rime avec crise d’angoisse

14 mars 2019 - Marie-Pier Tremblay

Aurélie aura bientôt 17 ans. Elle est Québécoise, mais est née au Bangladesh. Tout a commencé lorsqu’elle a appris que la mer menaçait de submerger une importante partie de son pays d’origine. Depuis, elle souffre d’écoanxiété, un trouble lié aux enjeux écologiques.

« J’ai du mal à respirer, je ne contrôle plus mes pleurs et je suis convaincue que je vais mourir sur-le-champ. Dans ces moments-là, je me dis que je n’aurai pas d’enfants; parce qu’un nouvel être humain a un gros impact environnemental, mais aussi parce que je trouverais égoïste de le faire vivre dans un monde qui court à sa perte. »

Cette profonde crainte par rapport à l’avenir, une simple mauvaise nouvelle environnementale suffit à l’éveiller. Elle se manifeste par des symptômes physiques : nausées, douleur dans la poitrine, impression d’étouffer, pouls accéléré, etc.

C’est dans les années 1990 sur la côte californienne, une région particulièrement menacée par les cataclysmes, que les chercheurs se sont d’abord intéressés à cette nouvelle forme d’anxiété. Selon la psychothérapeute américaine Lesley Osman, l’afflux massif d’informations écologiques alarmantes crée un climat anxiogène. Melissa Pickett, une écothérapeute basée à Santa Fe reçoit environ 80 patients écoanxieux chaque mois. Jean Twenge, psychiatre à l’Université de San Diego, affirme que les jeunes sont déjà 70 % plus angoissés que dans les années 1950.

Agir, ça calme !

Selon Ian Segers, écoconseiller et doctorant en sciences de l’environnement, un des remèdes à l’écoanxiété est de contribuer activement à la lutte aux changements climatiques. S’entourer de gens qui partagent nos craintes et se mettre en action, ça aide à affronter le sentiment d’impuissance.

Simon Beaudry, chercheur en psychologie sociale à l’Université d’Ottawa, abonde en ce sens : «On doit fournir des outils pour rendre les gens autonomes. Par exemple, si je fournis un bac à compost avec une brochure montrant comment s’y prendre, j’offre de petites tâches faciles à réaliser. La personne se sent capable et valorisée dans son comportement, ce qui réduit la peur et rend même les choses agréables.»

Une autre solution ? Miser sur notre connexion à la Terre, tout simplement. «En recherche, on parle de plus de plus de nature relatedness, soit la connexion à la nature, dit Simon Beaudry. On amène les gens à passer plus de temps en forêt et en campagne. On observe rapidement un changement dans la motivation; les gens réalisent que l’environnement est important pour eux et que ça fait partie de leurs valeurs.»

Selon Aurélie, il suffit de s’y mettre petit à petit. «Une paire de souliers me dure 3-4 ans. J’utilise un vieux téléphone ayant appartenu à mon oncle. Je recouds mes pantalons au lieu de les jeter. J’essaie de limiter mon impact le plus possible. Je dois continuer. Autrement, ce serait me mettre la tête dans le sable et nous faire reculer. Et ça, il n’en est pas question !»

Texte : Andréa Sirhan Daneau

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