Droit de parole: les Zurbains

31 mars 2016 - Rédaction Curium

leparapluie_gabrielle

Oubliez le conteur en chemise à carreaux au coin du feu. Pas de canots qui s’envolent. Pas de Ti-Jean Gros-Pit. Bienvenue aux Zurbains!

Les Zurbains, c’est le regard d’adolescents sur la société actuelle, sur le monde d’aujourd’hui. Des contes écrits par des jeunes, et pris en charge par une équipe de professionnels du théâtre.

Comment ça fonctionne?

Chaque année, le Théâtre Le Clou reçoit des dizaines de contes de jeunes auteurs, sélectionnés au préalable par des élèves d’écoles secondaires. Une première brigade est retenue par un jury professionnel pour un stage d’écriture, au terme duquel quatre textes sont choisis pour la grande représentation.

AML

La comédienne Anne-Marie Levasseur fait partie de l’équipe des Zurbains depuis des années. Voici l’entrevue (version longue) qu’elle a accordée à notre jeune reporter d’un jour, Élyse Brunelle-Ménard, 16 ans.

Curium : Comment un acteur professionnel réussit-il à se mettre dans la peau d’un ado ?

Anne-Marie Levasseur : Quand on construit un personnage, peu importe son âge, on essaie de trouver ses forces, ses faiblesses, ses valeurs, ce qu’il aime, ce qui lui fait peur… C’est le même travail.

 C : Est-ce un défi de jouer Les Zurbains?

A-M.L. : Ça m’est déjà arrivé de jouer devant des ados qui crient, qui se permettent des commentaires. Mais c’est rare. La majorité du temps, le public adolescent est un public très généreux. L’adulte, s’il trouve une blague bonne, il va faire un petit « hihi » discret. L’adolescent, il va rire fort, et ça, c’est gratifiant pour un acteur ! L’ado va être dégouté ou pétillant, excité. Ça rebondit bien, un public ado.

 C : Qu’avez-vous appris sur les adolescents?

AML : On a toujours un préjugé envers l’adolescence et c’est très rassurant de voir que des jeunes sont intéressés par la prise de parole. On chiale beaucoup :« Où notre société s’en va-t-elle ?! Où notre gouvernement nous amène-t-il ? » Mais chaque année, peu importe le temps qui passe, les jeunes sont toujours aussi allumés !

 L’art est-il le moyen à privilégier pour donner la parole aux ados ?

Je pense qu’il y a plusieurs façons d’établir la communication. Mais c’est sûr que l’art nous permet d’aborder des sujets d’une autre façon. On peut tous être égaux devant une œuvre d’art et se parler de ce que ça nous fait, pourquoi ça nous choque, pourquoi ça nous fait rire. Il n’y a plus de différence d’âge.

 Quels sont les principaux messages des adolescents dans leurs contes ?

AML : La liberté et le désir de s’affranchir de leurs parents, l’amour… Ce qu’on voit apparaitre aussi à travers les années, c’est les difficultés d’intégration. La recherche de l’identité revient beaucoup aussi : « qui suis-je par rapport aux autres ? », le regard des autres…

 Est-ce que ça aide de monter sur scène et de partager un message?

AML : J’en suis convaincue… Une ado m’a déjà dit: « J’ai bouclé la boucle d’un épisode de ma vie. J’ai tout écrit ça, toi tu l’as dit devant des gens qui ont été émus. Ça a changé ma vie. » Alors, oui. J

 Est-ce que l’arrivée des écrans (nous sommes beaucoup devant nos appareils électroniques) influence notre perception du théâtre (qui est plus vivant)?

AML: Des fois, on fait des ateliers dans les écoles pour préparer les élèves aux pièces de théâtre qu’on s’en va jouer. Pis à ce moment-là, je remarque que les jeunes sont contents d’avoir accès à quelque chose de vivant, plus qu’avant. Avant, c’était: ‘’Ça m’fait un peu chier d’aller au théâtre’’. Maintenant, ils sont contents d’avoir accès à une petite affaire de plus. Ce côté vivant-là.

Est-ce que les Zurbains peuvent avoir un impact sur le préjugé poche qu’on a justement ? Cet espèce de : « le théâtre c’est chiant… » ?

AML : Tu sais, des fois, les Zurbains, a pas cet impact-là. Une année, il y avait beaucoup de contes très sombres, des personnages qui mourraient, c’était très noir. Il y a des jeunes qui ont dit : ‘’Moi j’ai trouvé ça trop dark, j’ai trouvé ça trop triste.’’ Ils ne se reconnaissaient pas là-dedans. Ces jeunes-là, ça ne les a pas touchés. Ça n’a rien allumé chez eux. Alors que ça en a fait triper d’autres. Pour certains, ça a été extrêmement plate pis pour d’autres, ça a été extrêmement fantastique. (Rires)

Aussi, il y a des spectacles que je vais voir que mes amis trouvent exceptionnels et que moi j’aime pas. C’est super personnel, l’art, et notre rapport à l’art. Et c’est normal.

Est-ce qu’il y a des ados qui se découvrent un intérêt pour le théâtre ou pour l’écriture, et qui décident de faire ça comme métier ensuite?

AML : Oui ! Il y en a qui reviennent nous voir pis qui nous disent : ‘’J’étudie en littérature maintenant.’’ On le voit que chez certains, ça entretient ou ça confirme une flamme. Ou ça en allume une…

Merci Anne-Marie!

AML: Ça m’a fait plaisir, Élyse!

Au Théâtre Denise Pelletier jusqu’au 13 mai, à Montréal, et en tournée au Québec.

Pour les 14 ans et plus.

 

Pour voir le reportage dans son entièreté et lire une entrevue avec l’un des jeunes auteurs sélectionnés, procurez-vous le magazine de mai!

 

 

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