Corps en synchro
Harmoniser son agenda avec son cycle menstruel. Simple tendance ou bienfaits éprouvés ?
Pour Ariane, les règles n’avaient rien de positif. Maux de ventre, émotions en montagnes russes et autres symptômes désagréables étaient au rendez-vous.
À 20 ans, elle est enfin en paix avec son cycle menstruel. Sa révélation : le cycle syncing. En observant et en notant chaque jour ses ressentis, elle a remarqué que son état physique et mental varie au fil des semaines. Chaque mois, la séquence se répète. Pourquoi ne pas s’y adapter ?
Si Ariane anticipe qu’elle aura peu d’énergie au début de son cycle, elle limite ses engagements. Si elle prévoit au contraire être au sommet de sa forme, entre ses règles et son ovulation, elle organise des sorties et des entraînements plus intensifs.
« Avant, j’essayais d’être toujours la même, dit la jeune femme. Mais la vérité, c’est que mes besoins changent tout au long de mon cycle. Accepter cette cyclicité a été très réparateur pour moi. »
Saisons hormonales
Le cycle menstruel ne se résume pas aux règles. Il implique également de nombreuses variations hormonales, qui se répéteront tous les 28 à 30 jours en moyenne.
Pour certaines adeptes du cycle syncing, cette suite ininterrompue se compare aux quatre saisons. L’effervescence de la phase folliculaire représente le printemps. L’apogée de l’ovulation, l’été. Vient ensuite la phase lutéale : les feuilles tombent, on se sent un peu déprimée, c’est l’automne ! Finalement, les menstruations arrivent. On s’encabane, on enfile des gros bas, on lit un roman au coin du feu… comme en hiver !

Variations multiples
En 2023, deux équipes de recherche de l’Allemagne et des États-Unis ont étudié les effets du cycle menstruel. Avec l’imagerie par résonance magnétique, ces scientifiques ont analysé le cerveau de volontaires tout au long de leur cycle. Le constat ? Selon la période du mois, l’afflux sanguin et le volume des zones liées aux émotions, à la mémoire, au comportement et au transfert d’informations varient de manière importante.
Le système nerveux est lui aussi influencé par le cycle menstruel. Dans la deuxième phase du cycle, l’augmentation de la progestérone entraîne une diminution des niveaux de sérotonine, un neurotransmetteur qui influence l’humeur, le sommeil et l’anxiété. (Allô, les nuits d’angoisse !)
« Les hormones sexuelles ont des impacts partout dans notre corps. Donc oui, les états psychologiques et physiques varient réellement au cours du cycle menstruel, confirme la Dre Sophie Désindes, directrice du Département d’obstétrique-gynécologie à l’Université Sherbrooke. Ce n’est pas juste dans votre tête.»

Chacune son rythme
Alors c’est prouvé, les femmes hibernent dans la phase lutéale et refleurissent dans la phase folliculaire ? Pas si vite… Selon la Dre Sophie Désindes, chaque femme vit ses fluctuations hormonales d’une manière différente. On ne suit pas toutes les mêmes saisons !
La recherche sur le cycle menstruel n’en est qu’à ses débuts. « En cas de soucis, les femmes ne peuvent généralement pas se tourner vers le savoir scientifique pour trouver des réponses », déclare Élise Brunot, directrice générale du Réseau québécois pour la santé des femmes, un organisme sans but lucratif indépendant.
Le concept du cycle syncing peut être intéressant. D’abord irréguliers à l’adolescence, les cycles menstruels se régularisent souvent avec le temps. « Les femmes peuvent alors apprendre à mieux connaître leur corps et devenir de vraies expertes », avance Élise Brunot.
Bref, comprendre son cycle et écouter ses besoins sans culpabilité, c’est le premier pas vers l’harmonie !
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