Comment reconnaître une fausse oeuvre d’art

11 janvier 2019 - Marie-Pier Tremblay

Comment reconnaître une fausse oeuvre d’art ? Visite au Musée des Beaux-Arts de Montréal.

Au fond de l’atelier de restauration du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), on entre dans une salle. On se croirait en pleine nuit. La pièce est plongée dans l’obscurité… Si ce n’est que ce visage peu sympathique d’une certaine comtesse du Bas-Canada éclairé par une lampe ultraviolette (blacklight).

Deux restaurateurs du musée scrutent l’oeuvre de François Malépart de Beaucourt, le premier peintre professionnel né au Canada. La lueur mauve met en évidence certaines retouches appliquées à l’oeuvre après sa création originale, vers 1790.

Dans ce cas-ci, pas de doute : le tableau est authentique. Toutefois, d’autres oeuvres anciennes donnent des maux de tête aux conservateurs du musée, chargés des acquisitions. Parce qu’il est difficile de certifier leur origine.

Et, pire encore, d’autres tableaux ont été réalisés dans le seul but de les berner : les faux.

« Avec l’émergence de l’art moderne, le nombre de faux s’est multiplié », raconte Richard Gagnier, chef de la restauration au MBAM. Les formes plus simples des tableaux modernes les rendent plus facile à contrefaire.

« Sur le marché canadien, il y a eu beaucoup de faux du Groupe des sept »,  note-t-il. Ce groupe de peintres, basé à Toronto durant les années 1920, se spécialisait dans les paysages. Il a rencontré beaucoup de succès, ce qui a attisé la convoitise des acheteurs… et inspiré les faussaires.

Car le marché des faux dépend étroitement de l’avidité des collectionneurs. Les faussaires ont avantage à reproduire les oeuvres des peintres les plus recherchés pour en tirer de bons prix.

« Les faux sur le marché privé sont tout de même rares, nuance la conservatrice du MBAM Anne Grace. Avant d’aller de l’avant avec un gros achat, les collectionneurs font inspecter les oeuvres par des spécialistes. »

Une enquête complexe

Distinguer le vrai du faux demande souvent le croisement de nombreux indices.

D’abord, le style de l’oeuvre est pris en compte. « La texture de la peinture et la largeur des coups de pinceau peuvent être comparées aux autres oeuvres de l’artiste pour voir s’ils correspondent bien à sa technique », explique Richard Gagnier.

L’analyse des pigments de couleur est une autre variable cruciale. Certains pigments n’ont commencé à être utilisés que tardivement dans l’histoire. Un prétendu tableau de van Gogh avec un pigment popularisé au 20e siècle ne passerait pas le test !

Ensuite, le support sur lequel est appliquée la peinture fournit d’autres indices. « Au 16e siècle, on utilisait le chêne dans le nord de l’Europe, tandis qu’on préférait le peuplier au sud », donne en exemple le restaurateur. Un faussaire pourrait omettre ce détail.

Et si des doutes persistent, les conservateurs font appel aux « connaisseurs ».  Ces spécialistes concentrent toute leur carrière sur un seul artiste. Ils écoutent leur instinct pour déterminer si un tableau est véridique.

Bref, l’identification des faux relève d’un réel travail de détective. Et, en fait, de vrais enquêteurs sont justement chargés de débusquer les faux. Depuis 2009,  la Gendarmerie royale du Canada et la Sûreté du Québec ont formé une escouade spéciale pour les crimes liés aux oeuvres d’art.

Texte : Alexis Riopel

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