Accidents d’auto: des cobayes?

18 février 2019 - Marie-Pier Tremblay

Un coup de volant sec. La voiture a dérapé. Vous avez eu chaud… Mais votre tête n’a pas heurté le pare-brise et vos jambes n’ont pas été broyées. Remerciez les « dummies » qui ont « souffert » pour vous !

Enfant, nouveau-né, femme, adolescent, homme moyen ou costaud : on en trouve de toutes les tailles. Ils ressemblent à des humains, mais sont plus solides et truffés de capteurs. Les crash test dummies, ou mannequins d’essai, permettent de mesurer l’impact de collisions sur le corps humain… sans corps humain.

Avant leur invention, on utilisait… des cadavres ! Mais cela posait des problèmes moraux et éthiques. De plus, chaque corps ne pouvait être utilisé qu’une seule fois. Et comme la morphologie était toujours différente d’un corps à l’autre, on avait peu de données fiables.

Certaines personnes se sont aussi utilisées elles-mêmes comme cobayes ! En 1954, le Colonel John Paul Stapp, déjà largement connu pour ses expériences rocambolesques, a été propulsé dans un engin à plus de 1 000 km/h, puis arrêté subitement en 1,4 seconde. Un impact équivalent à celui d’une voiture qui fonce dans un mur de roc à 100 km/h. Et, non, étonnamment, il n’est pas mort !

Dans les années 50-60, l’Américain Lawrence Patrick, chercheur et professeur en biomécanique, a subi ainsi 400 décélérations rapides. Il se décrivait lui-même comme un mannequin d’essai de choc. Avec ses étudiants, il n’hésitait pas à se faire percuter la poitrine, pour simuler l’impact du volant, ou à se faire frapper au visage par des marteaux pneumatiques.

On a aussi utilisé des animaux, comme des cochons, car leur structure interne ressemble à la nôtre. Les bêtes étaient placées dans le véhicule pour imiter notre position assise. Or, les différences entre les humains et les animaux étant trop nombreuses, on a mis fin à ces tests au début des années 1990.

Sécurité maximum

Avant d’être mise en marché, une voiture doit subir des tests d’impacts obligatoires. Or, certaines collisions (deux voitures face à face, par exemple) ne figurent pas parmi ces exigences. Ces risques pour les passagers sont évalués par les experts du Centre d’essais de véhicules automobiles de Transports Canada. On provoque des collisions en laboratoire.

On mesure les déformations et on analyse les données. Si on trouve un défaut, on appelle le fabricant directement pour l’en aviser. On demande parfois qu’une enquête soit ouverte. À l’occasion, Transports Canada émet des recommandations, lesquelles peuvent déboucher sur de nouvelles normes de sécurité. Et éventuellement, sur des tests obligatoires en usine.

Sierra Sam est le 1er mannequin d’essai de choc. Créé en 1949, il était utilisé pour tester les sièges éjectables des avions.

Mannequins

Certains mannequins sont conçus pour les collisions frontales. Leurs capteurs sont orientés vers l’avant (la majorité dans le cou, la cage thoracique et les fémurs). Il y a aussi des mannequins conçus pour des impacts latéraux.
Environ 120 capteurs, dans la tête, le cou, le thorax, les jambes. Ils captent et mesurent les chocs.

On mesure également l’accélération de la tête, du thorax et du bassin ainsi que les forces qui s’appliquent sur le cou, les hanches, les fémurs et les tibias.

À l’intérieur du torse, dans la colonne vertébrale et le cou, on trouve de petits cylindres en métal qui s’emboîtent. On mesure leur « enfoncement » lors d’une collision.

Un mannequin d’essai de choc coûte de 40 000 à 800 000 $.

Merci à Suzanne Tylko, chef des recherches sur la résistance à l’impact à Transports Canada. Ce texte est adapté du magazine Les Débrouillards de septembre 2015.

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