Aimer sans compter ?
Au Québec, plus de 20% des ados soutiennent un·e proche malade ou vulnérable. Un rôle difficile qui se joue dans l’ombre.
La réalité des jeunes proches aidant·e·s (JPA) est méconnue. La majorité de ces anges gardiens du quotidien n’ont pas conscience de jouer ce rôle ou choisissent de le cacher à leur entourage. C’est peut-être le cas de votre amie ou de votre voisin de classe. Peut-être même le vôtre?
Des effets positifs et négatifs
Loïc, 17 ans, est fier d’être le proche aidant de sa grande sœur. Juliette est lourdement handicapée. Elle est atteinte de dyspraxie motrice et verbale, d’un dysfonctionnement du chromosome 7, d’un TDAH et d’un trouble du spectre de l’autisme.
« Le seul point négatif, c’est qu’on a plus de tâches à faire, mais moi, je trouve qu’il y a plus d’effets positifs, insiste Loïc. J’ai une meilleure compréhension des grands défis que vit une personne handicapée. Ça élargit les horizons, ça développe l’empathie, ça m’apprend la patience. Tout ça peut juste m’aider dans la vie.»
Les parents de Loïc ont toujours veillé à ce que lui et sa sœur cadette, Delphine, accomplissent les tâches volontairement, sans dépasser leurs limites.
Ce ne sont pas tous et toutes les JPA qui ont cette chance. Selon une étude de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), des ados accomplissent parfois jusqu’à 50 heures de soutien par semaine !

Un été aux petits soins
Il y a quelques années, à l’âge de 12 ans, Sunny s’est vu confier la tâche de soutenir sa tante atteinte d’un cancer.
« C’était durant les vacances d’été, j’étais disponible. C’était naturel pour moi. J’ai été élevée avec l’idée qu’il faut aider son prochain. »
Chaque matin, du lundi au samedi, l’adolescente prenait l’autobus pour se rendre à la maison de sa tante. Elle s’occupait du dîner, du ménage et des courses, tout en veillant sur sa cousine de 5 ans jusqu’à l’heure du souper.
À la rentrée scolaire, Sunny a maintenu son rôle de JPA après les classes, ce qui ne lui laissait que peu de temps pour ses amies.
« J’étais une ado plate, rigole Sunny, aujourd’hui jeune vingtenaire. Avec le recul, je crois qu’on m’en demandait beaucoup. L’expérience m’a rendue très autonome. J’ai réalisé que je pouvais cuisiner, prendre le bus seule, être à mon affaire et ne pas toujours dépendre de ma mère. »
Réalité inavouée
« Je n’en parlais pas, parce que je ne voulais pas qu’on me prenne en pitié ou qu’on me traite différemment », raconte Félix, 19 ans, hockeyeur dans la ligue junior majeure Maritimes Québec.
Cet attaquant des Cataractes de Shawinigan avait seulement quatre ans lorsque sa mère a reçu un diagnostic de Parkinson, une maladie dégénérative qui touche le cerveau et affecte les mouvements.
Au fil des années, l’état de la mère de Félix s’est détérioré. Son père et lui se sont partagé les tâches quotidiennes. En plus de ses études, de ses entraînements à l’aréna et de ses tournois, l’adolescent accompagne sa mère à ses rendez-vous médicaux, court à la pharmacie, coupe en petits morceaux sa nourriture, lui met ses bottes, lui sèche les cheveux…
« Je ne réalisais pas tout ce que je faisais. C’était normal pour moi. Je savais que ma mère avait plus d’énergie le matin, elle était plus autonome. Mais vers midi, elle cassait. Il fallait absolument que je quitte l’aréna pour aller m’occuper d’elle. »
L’an dernier, Félix s’est ouvert à son coach sur sa situation : « J’avais des problèmes d’impulsivité et de consommation d’alcool liés à ça. Ma mère le voyait. Je le réalisais moi aussi, mais je le repoussais. »
Félix a consulté : « Le fait d’en parler m’a permis de réaliser que c’était correct de trouver ça lourd. Ça m’a permis de mieux gérer mes émotions. Il faut aussi penser à nous comme proche aidant, et ne pas attendre d’aller mal avant de se confier. »
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