« Stalker »… juste un peu

6 décembre 2019 - Marie-Pier Tremblay

© Berlanti Productions/Alloy Entertainment/A&E Studios/Warner Horizon Television

 

Stalking : d’où vient notre grande curiosité numérique ? D’un simple scroll, vous avez accès à toute sa vie… ou presque. Les réseaux sociaux ont-ils fait de nous des voyeurs ? Une personne vous intéresse, vous intrigue, vous attire. Aller lui parler ? Brrr. Pour perdre la face ? Non merci.

Voilà souvent le plan premier du stalking, cette action d’épier quelqu’un en furetant sur les réseaux sociaux. Parcourir son profil peut nous donner une idée de prétexte pour l’aborder (tiens, elle aussi a regardé la finale Raptors/Warriors !), ou nous rendre plus confiant sur nos chances de lui plaire.

« Stalker permet de combler d’une certaine façon notre désir d’être en relation, explique la sexologue Geneviève Labelle. Pendant qu’on regarde son profil, ses photos, pendant qu’on lit les commentaires, on a accès à cette personne sans être en position de vulnérabilité. Car c’est parfois difficile d’être soi-même en présence de l’autre. On peut avoir peur d’être maladroit(e), blessé(e), inadéquat(e)… En stalkant, on répond au besoin sans avoir à gérer des réactions. »

De « stalker » à « stalké »

Les paramètres de confidentialité sont parfois complexes et changent souvent. De temps à autre, connectez-vous au compte d’un ami pour confirmer quelles informations de votre profil sont visibles ou pas. Autrement dit… stalkez-vous vous-même ! Ça vous donnera un idée de ce qu’on peut voir
de vous.

Le harcèlement, c’est illégal. Point.

Suivre les moindres faits et gestes de quelqu’un pour se manifester dans sa vie réelle ou virtuelle (et même après avoir été bloqué(e)), ce n’est plus du stalking. C’est du harcèlement. Persister en sachant que vos gestes causent de la peur ou de la détresse à l’autre, c’est idiot et illégal. Et ce n’est PAS romantique.

Suis-je obsédé(e) ?

Vous vous êtes laissé emporter par votre curiosité et vous êtes arrivé(e)s au bout du scroll de l’être aimé ? Pas de panique : ça peut arriver à tout le monde. « Il ne faut pas être trop dur envers soi-même et se trouver freak. Après tout, c’est humain », nous rassure Hertel Huard, chef d’équipe chez Tel-Jeunes. Peut-être est-ce le moment d’aller parler à la personne de manière plus directe ? Faut-il lui avouer tout et s’excuser ? « Il faut être vraiment très confiant pour réussir une telle révélation », dit Hertel Huard.

Épier avec classe

Vous avez accès à son profil (vous en avez les mains tremblantes), bien. Maintenant, est-ce que ça vous donne le droit de tout regarder ? Minute. ça demeure délicat. Et ça peut rapidement causer un malaise chez l’autre s’il découvre que vous connaissez par coeur ses publications de 2016…

« En stalkant, on apprend ce que l’autre personne aime, n’aime pas, ce à quoi elle est sensible, dit Geneviève Labelle. Si je connais déjà des choses sur l’autre, je pars avec une longueur d’avance. La relation n’est pas égalitaire. Si l’autre découvre que je l’ai épié, il peut se sentir violé dans son intimité, avoir le sentiment que les choses vont trop vite. »

Les dangers du stalking prolongé

Amis, ennemis, ex, influenceurs, stars… Il faut avouer que nous aimons contempler la vie des autres ou accumuler de l’information sur eux. Mais il y a des risques.

Déception
Les réseaux sociaux nous donnent accès à une toute petite partie des gens, à ce qu’ils veulent bien laisser paraître. Le reste ? Notre cerveau va se charger de l’imaginer… en idéalisant. Résultat ? Ben… les gens sont humains et ont des défauts. Boum.

Dépression
Plus heureux, beaux, comblés, riches, intelligents, ponctuels, mieux habillés
et plus en forme que nous. Résultat ?
Une estime de soi au tapis.

Obsession
On sait qu’on exagère, on a honte… mais on ne peut plus s’arrêter ! « Si stalker une personne inaccessible amplifie nos émotions négatives, mais qu’on a du mal à s’en passer, il est temps de se questionner. Qu’est-ce que ça m’apporte ? À quels moments je le fais ? Le but est de mieux se comprendre pour trouver une façon d’être vraiment en relation avec de réelles personnes », suggère Geneviève Labelle.

Texte : Raphaëlle Derome

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Une réponse à “« Stalker »… juste un peu”

  1. Anonyme dit:

    Avant, j’étais sur un réseau social, et comme tous les utilisateurs, j’allais voir les profils des autres, lisais leur biographie, regardais leurs posts, etc. Bref, je stalkais, et je me faisais stalker. Sauf que, récemment, l’application a rajouté une nouvelle fonctionnalité, celle d’avoir accès aux profils de ceux qui venaient visiter le tien. En gros, tu avais la capacité de stalker ceux qui venaient te stalker ! Pas besoin de vous dire que les gens se sont vite calmés, et que maintenant, on y pense deux fois avant de cliquer sur le profil de quelqu’un… 😕