Poltergeist, es-tu là ?

10 octobre 2018 - Marie-Pier Tremblay

Un vase qui éclate subitement. Une porte qui claque sans courant d’air. Une commode qui lévite au-dessus du sol. Et si c’était un poltergeist ?

Été 1989, Beauport, Québec. Dans un quadruplex de la rue Monseigneur-Gauthier, des coups inexpliqués retentissent dans le mur mitoyen. Toutes les heures. Des trous impressionnants se forment, les cadres se décrochent, des bibelots de porcelaine se fracassent au sol.

La tension monte. La ville fait évacuer les locataires. Les experts défi lent pour effectuer des tests. Toutes les hypothèses sont envisagées : la canicule, des poches de gaz dans le sol, les explosions de la carrière voisine… Les murs sont même ouverts par des ingénieurs de la ville.

Rien. Tout semble conforme.

Les appartements du haut semblent les plus touchés par les « manifestations ». Mme Lafl eur y habite seule, mais Josée, sa petite-fille de 12 ans, est chez elle pour les vacances.

Des journalistes décident de creuser la piste du poltergeist. Ils appellent Christian Page en renfort. Presque 30 ans plus tard, celui qui se présente comme un enquêteur du paranormal se souvient parfaitement de sa visite des lieux : « Je me suis appuyé sur le mur. C’était comme se faire frapper dans un match de football. J’étais plaqué ! »

Au fil des jours, les manifestations se sont espacées, sans qu’on puisse jamais en déterminer l’origine avec certitude. Les locataires ont toutefois affirmé que les bruits avaient cessé avec le départ de Josée. Moins d’un an plus tard, tous les locataires de l’immeuble avaient déménagé…

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Poltergeist, es-tu là ?

Les cas de poltergeists ont été abondamment rapportés dans la littérature, et ce, depuis l’Antiquité. On les décrit comme des manifestations brutales et spontanées, qui disparaissent aussi subitement qu’elles sont apparues, souvent après quelques jours. Les dégâts sont notables : éclats de vitre, meubles déplacés, tiroirs renversés… Sommes-nous en présence d’un revenant qui défend son territoire en effrayant les pauvres mortels ?

« Les poltergeists se produisent partout dans le monde, peu importent le statut social, la culture ou les croyances religieuses, affirme Christian Page. Le point commun : un jeune en plein tumulte émotif. Ce n’est pas une vérité absolue, mais une caractéristique qui revient très souvent. Un excès d’énergie psychique, comme de la télékinésie involontaire. »

Vous, les ados, responsables des poltergeists ? Ne vous emballez pas trop vite…

« On connaît bien comment les objets bougent, dit Dany Plouffe, physicien et porte-parole des Sceptiques du Québec. Si les poltergeists existent et qu’ils s’expliquent par des ados qui déplacent des objets avec leur énergie psychique, ça implique de revoir toutes les lois de la physique. Ce qui serait absolument fascinant d’un point de vue scientifique… Nobel garanti ! »

Inexpliqué versus paranormal

Christian Page et Dany Plouffe sont d’accord : inexpliqué ne veut pas dire paranormal… même si on a souvent le réflexe d’attribuer une cause surnaturelle à un phénomène mystérieux ou perturbant.

« Des amis à moi étaient dans un chalet, seuls dans les bois, raconte Dany Plouffe. Dans la soirée, on sonne à la porte. Ils descendent pour ouvrir.  Personne. Pourtant, la sonnette retentit, encore et encore. Ils ont finalement vu une souris qui se baladait proche de la sonnette et déclenchait le mécanisme. S’ils n’avaient jamais vu la souris, ils auraient peut-être pensé que les lieux étaient hantés. »

Parfois, il s’agit d’une supercherie, avec ficelles et complices. Mais souvent, le grand farceur, c’est notre cerveau : « Ce n’est pas nécessairement une question de folie ou de malhonnêteté, insiste Dany Plouffe. Mais notre perception de la réalité est différente de la réalité elle-même. On le voit bien dans les spectacles de magie. »

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Le fardeau de la preuve

Alors, les poltergeist n’existent pas ? C’est plus compliqué… La science ne peut pas prouver que quelque chose n’existe pas. En revanche, on ne peut pas non plus prouver l’existence de quelque chose par une anecdote.

« Des objets qui tombent tout seuls à cause des vibrations, il y en a tous les jours dans nos maisons, dit Dany Pouffle.

En science, quand on propose une nouvelle théorie, c’est notre rôle de la défendre. Ce n’est pas aux autres de prouver qu’on a tort. C’est la même chose avec le paranormal. Le fardeau de la preuve repose sur ceux qui croient au poltergeist : c’est leur job de prouver que ça existe, peu importe que leur explication soit un revenant ou des ondes psychiques. »

Texte : Julie Champagne

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