Comment et pourquoi la police espionne les journalistes

26 janvier 2017 - Rédaction Curium

lagace

 

En octobre 2016, le chroniqueur de La Presse, Patrick Lagacé, a appris que le Service de police de la Ville de Montréal l’avait espionné pendant 6 mois. La police avait obtenu les registres d’appel de son téléphone cellulaire : la liste de tous les appels et textos entrants et sortants, incluant le numéro du correspondant, la date, l’heure et la durée de chaque appel. La puce GPS de son téléphone a même été activée à distance afin de savoir où il se trouvait. Le but de la police? Découvrir qui lui révélait certaines informations.

Dans les jours qui ont suivi, le SPVM et la Sûreté du Québec ont admis avoir demandé (et obtenu) les registres d’appel de sept autres journalistes québécois. Chaque fois, c’est un juge qui a donné son autorisation. (La police n’a pas accès automatiquement, car au Canada, la Charte des droits et libertés protège les citoyens contre les « fouilles et saisies abusives » de la police).

Les médias et le public ont été choqués que la juge ait autorisé ces collectes aussi facilement sur des journalistes. Cela viole non seulement leur vie privée et celle de leurs correspondants; cela entrave aussi la liberté de presse, c’est-à-dire la possibilité pour les journalistes de faire leur travail librement et d’informer le public adéquatement.

La liberté de presse est essentielle dans une société démocratique. Car si la police épie les journalistes, les gens qui détiennent des informations importantes ou qui veulent dénoncer certaines situations pourraient être plus réticents à parler aux médias.

L’importance de protéger les sources des journalistes

Généralement, les journalistes nomment ceux qui leur ont fourni des informations (leurs sources) pour leurs reportages. Cela donne confiance aux lecteurs et leur permet de mieux comprendre les événements.

Mais dans certains cas, les sources ont peur de parler publiquement. Ceux et celles qui dénoncent des situations inacceptables craignent parfois d’être victimes de représailles: perdre leur emploi, ou recevoir des menaces de mort, par exemple. Les journalistes vont donc leur accorder l’anonymat. (Pour s’assurer qu’on ne leur raconte pas n’importe quoi, les journalistes doivent confirmer les informations à l’aide de documents ou d’autres témoignages.)

Mais si les gens savent que leurs communications sont épiées, ils pourraient décider de ne pas parler… Résultat : des situations de corruption, d’abus ou des activités criminelles qui doivent être dénoncées pourraient rester secrètes.

Ce qui s’est passé après le scandale

Suite aux révélations de l’automne dernier, le gouvernement du Québec a créé une commission d’enquête publique afin de déterminer ce qui s’est passé et faire des recommandations. Le rapport devrait être publié d’ici le printemps 2017.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec continue aussi de demander depuis de nombreuses années une loi pour protéger la confidentialité des sources journalistiques.

Entretemps, de nombreux journalistes ont pris des moyens pour sécuriser leurs communications avec leurs sources : courriels et messages texte chiffrés, plateformes de communication anonyme, rencontres en personne, et envois par la poste plutôt que par Internet!

Texte : Raphaëlle Derome

 

publiez votre commentaire

dites-nous ce que vous en pensez

 :-)  ;-)  :-D  :-(  :-P  :-o  :-x  :-|  :-?  8-)  8-O  :cry:  :lol:  :roll:  :idea:  :!:  :?:  :oops: 💩 💪 👍

Votre adresse ne sera pas publiée. Les champs ci-dessous sont facultatifs :