Je suis anorexique-boulimique

11 janvier 2019 - Marie-Pier Tremblay

 

 

Par Ana, 14 ans. (Nom fictif)

 

Les garçons et les filles qui voient une fille mince et qui crient « Tcheke ! Une anorexique ! » ne savent pas que l’anorexie n’est pas seulement une obsession de la maigreur. C’est aussi comme une deuxième personnalité ou dans mon cas, une voix, qui me pousse à vouloir atteindre la perfection. Je deviens tellement exigeante envers moi-même que je me fixe des objectifs beaucoup trop grands. Et la petite voix ne manque pas de me le dire si j’échoue! « Tu es nulle, tu comptes pour personne, pas étonnant que tu n’arrives à rien grosse vache, va donc vomir même si tu n’as rien dans l’estomac jusqu’à en cracher du sang ! Je veux que tu sentes ton échec ! » ( J’ai parfaitement récité le discours de la voix)

Depuis que j’ai 6 ans, mon poids et mon physique me préoccupent sans que ce soit grave.

Mais un jour, j’ai fait une grosse indigestion et dans ma tête d’enfant, quand mon ventre gargouillait, ça voulait dire que j’avais trop mangé et que j’allais à nouveau être malade.

Je me suis mise à maigrir. Lorsque mes parents l’ont découvert, ils m’ont expliqué que mon ventre faisait du bruit pour que je mange et non le contraire ! Suite à l’explication, je me suis mise à aller mieux.

Mais vinrent les commentaires de mon entourage : « Wow tu as l’air en forme ! T’as pris du poids, ça te va bien ! »

C’est là que la voix a commencé à apparaître. « Ils disent que tu étais mieux avant, que tu es devenue une grosse vache faible. »

Au début de ma maladie, je ne faisais que restreindre mes portions (ne pas déjeuner, ne pas dîner, ne pas grignoter mais souper). Mais ensuite, la boulimie s’est installée. Le résumé de mes repas ressemble maintenant à : aucun déjeuner, aucun dîner, quatre spaghettis pour souper que je vomis par la suite.

Cette maladie s’installe chez les personnes qui ont envie de s’effacer, de ne plus exister. Si une personne dans votre entourage crie sur tous les toits qu’elle a un trouble alimentaire, laissez-moi vous dire que ce n’est sûrement pas vrai. J’ai décidé de partager mon histoire pour que les filles en manque d’attention arrêtent de feindre une maladie très grave causée par un puissant mal-être ! Et aussi parce que, si par hasard, une fille ou un garçon atteint de ce trouble lit ceci, je voulais pouvoir lui dire : t’es pas seul(e).

 

Réflexion
Je reconnais dans le témoignage d’Ana le vécu de plusieurs jeunes qui souffrent d’anorexie. Ce sont souvent des personnes perfectionnistes, qui exigent énormément d’elles-mêmes, qui ont des attentes beaucoup trop élevées envers elles-mêmes et qui, du même souffle, n’ont pas beaucoup de compassion envers elles-mêmes. Bien sûr, avoir des attentes si élevées place la personne beaucoup plus facilement en situation d’échec. C’est une sorte d’escalade.

Plusieurs d’entre elles ont aussi à gérer cet espèce de double dont parle aussi Ana. Comme si deux entités contraires habitaient en elles. D’une part, la personne qui veut s’en sortir, et d’autre part, la voix de l’anorexie, qui exige de ne pas « plier », de ne pas se laisser « changer » par les autres. Bien sûr, il est impossible de concilier ces deux entités et c’est donc encore une situation où l’on se sent en échec, coincé.

Quant à la colère, on peut la comprendre. Nous vivons dans une société obsédée par la santé et la minceur. La personne qui a une obsession pour son poids a donc plusieurs fois par jour des rappels de sa condition. Pour guérir d’une obsession, il faut du temps et de la volonté. C’est déjà difficile, et demandant. Imaginez quand quelqu’un vient vous parler de son régime ! La personne qui souffre est constamment confrontée à son obsession dans la vie de tous les jours.

Comment s’en sortir ? Tout d’abord, il faut savoir reconnaître ce qui nous arrive. Est-ce un problème de poids ou alors une PEUR de prendre du poids ? Dans la société actuelle qui ne valorise que la minceur, il est normal d’être touché. Mais si c’est une phobie de prendre du poids, c’est autre chose. Ce n’est plus un problème de poids, c’est un problème d’anxiété. Et il faut aller chercher de l’aide pour guérir cette anxiété. D’ailleurs, nous devrions tous nous questionner sur cette société actuelle très exigeante et non valorisante. Quelle est la valeur la plus importante pour nous ? Et vivons-nous en accord avec cette valeur ?

Howard Steiger, directeur du Programme des troubles
de l’alimentation de l’Institut Douglas propose cette réflexion.

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