Des poissons qui tombent du ciel

16 avril 2019 - Marie-Pier Tremblay

La pluie tombe du ciel. La neige aussi. La grêle, encore. Mais des sardines ? Eh bien oui !

Tandis qu’il déguste son déjeuner au restaurant, le 23 octobre 1947, le biologiste Alexander Dimitrivitch Bajkov se fait annoncer toute une nouvelle par la serveuse. À l’extérieur, des poissons tombent du ciel !

Le biologiste va voir par lui-même. Des centaines de poissons jonchent le sol. Les plus petits font cinq centimètres de long, les plus grands dépassent les 20 centimètres.

Les poissons sont morts et froids. Des témoins trouvent des spécimens carrément gelés. Les animaux sont « absolument frais et propres à la consommation humaine », note le biologiste dans un commentaire paru dans la revue savante Science deux ans plus tard.

Le temps est calme, brumeux, très peu venteux. Pas une goutte ne tombe du ciel. Seulement des crapets, des bars ou des aloses. Ce jour-là, les animaux tombés du ciel étaient si nombreux dans la petite ville de Marksville, en Louisiane, que « les voitures et les camions roulaient dessus », écrit M. Bajkov.

Cette anecdote est hallucinante, mais loin d’être unique. Des centaines d’histoires semblables ont été racontées à travers les siècles.

Drôles de récoltes

Près de la ville de Yoro, au Honduras, des pluies de poissons surviennent chaque été, selon les habitants locaux. Entre mai et août, à une ou plusieurs reprises, des milliers de petits poissons argentés tomberaient du ciel. Un cadeau de Dieu, disent les villageois les plus croyants.

Quand le miracle se produit, les habitants ramassent les poissons et se les partagent. Il est interdit de vendre sa « récolte ». Pour plusieurs, c’est la seule occasion de manger du poisson frais.

D’où viennent donc ces poissons ?

 

 

Les pluies de poissons (et parfois de grenouilles) seraient causées par des courants d’air qui montent vers le ciel, emportant des animaux aquatiques au passage.« L’élément clé, c’est la rafale ascendante, explique Marie-Ève Giguère, météorologue chez Environnement Canada. Il y en a lors de tornades, de trombes marines ou d’orages violents. » Les poissons, grenouilles et têtards sont alors littéralement aspirés par le vent.

C’est que les rafales ascendantes des orages peuvent atteindre des vitesses de 200 km/h. Les tornades se forment sur la terre ferme, mais peuvent migrer vers une étendue d’eau. Et les trombes marines, des phénomènes semblables qui prennent forme au-dessus d’étendues d’eau, peuvent siphonner elles aussi une partie du liquide vers le ciel.

Difficile à croire ? « Dans un orage violent, des grêlons sont maintenus dans les airs par les courants ascendants, souligne Marie-Ève Giguère. Et certains d’entre eux peuvent atteindre la taille d’un pamplemousse ! Il est donc très bien possible que des grenouilles ou des poissons soient maintenus dans l’orage pendant des heures. »

Et pendant ce temps, l’orage peut se déplacer sur plusieurs centaines de kilomètres, poissons compris !

Donc, affaire classée ? « Il n’y pas de raison de sous-estimer la preuve scientifique », écrivait Alexander Dimitrivitch Bajkov dans Science. « Plusieurs personnes n’ont jamais vu de tornade, mais ne doutent pas de leur existence. Ils acceptent aussi le fait que le vent puisse soulever et déplacer des objets lourds. Pourquoi les poissons ne pourraient-ils pas être soulevés avec l’eau et transportés par les tourbillons ? »

Texte : Alexis Riopel

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