Je suis un immigrant syrien

17 novembre 2017 - Marie-Pier Tremblay

Par Marcus, 17 ans. (Nom fictif)

 

Les premiers Québécois que j’ai vus, c’était la famille qui nous parrainait. Ils étaient à l’aéroport et ils criaient bienvenue, nous prenaient dans leurs bras. Ça m’a fait du bien parce que partir, ça n’a pas été facile. On n’a pas eu le temps de se préparer. On a eu un coup de téléphone, et le lendemain, il fallait être au Liban (très loin !) pour une entrevue. On a fait nos bagages précipitamment, on a oublié plein de choses, on n’a pas pu voir les gens avant de partir, ni dire au revoir.

Moi j’y croyais pas trop. On quitte vraiment notre pays ? Notre maison ?

On était tellement dans le rush qu’en arrivant ici, on a tous réalisé qu’on avait oublié la fête de ma soeur.

Au début, j’éprouvais des sentiments mélangés. Je savais que j’allais m’ennuyer de notre vie d’avant. Mais on ne pouvait pas rester. Je le comprenais bien. Il n’y avait pas d’espoir pour nous là-bas.

En arrivant, j’ai trouvé qu’il faisait froid ! Je me sentais vraiment différent à l’école secondaire, aussi. Les élèves faisaient des blagues dans la classe. J’avais l’impression que je ne pouvais pas avoir de relations avec eux. On était trop différents… Je connaissais un peu de français parce que les cours de français sont obligatoires en Syrie. Il paraît que j’ai maintenant l’accent québécois. Et c’est drôle. Moi je disais une glace, une gomme. Pas une crème glacée, pis une efface. (Rires)

Maintenant, ça va mieux. J’ai des amis et je fais des choses incroyables que je n’aurais jamais pensé faire un jour dans ma vie. J’ai fait du ski ! J’adore aussi les activités de groupe, comme la survie en hiver dans le bois, le défi Pierre Lavoie ! Ça m’aide beaucoup à m’intégrer. Je travaille aux Vieux-Port et aussi dans les patinoires de Montréal. Je donne aussi mon temps pour le 375e de Montréal. J’adore ça ! Ce sont des moments précieux pour moi. Pour m’aider, je choisis les choses positives.

Réflexion

Le témoignage de Marcus illustre bien ce qu’on appelle un processus d’adaptation. D’une certaine façon, quitter son pays d’origine se compare à un deuil. On perd plusieurs repères d’un coup. Dans le cas de Marcus, il faut ajouter le choc du départ précipité. Vont généralement suivre, entremêlés : le refus d’y croire ou la sensation que ce n’est pas pour vrai, la colère, la tristesse et l’acceptation de la nouvelle réalité.

Pour s’adapter à un nouveau pays, certains facteurs peuvent aider. Par exemple, le fait de croire en une vie meilleure, pouvoir parler la langue ou encore des ressemblances entre les deux cultures. Recevoir du soutien est aussi précieux (famille, communauté et société d’accueil). De plus, la curiosité et l’ouverture l’un envers l’autre, comme en témoigne Marcus, sont primordiales. Elles servent lorsqu’on est confronté aux préjugés ainsi qu’aux différences de valeurs.

Sophie Leroux, psychologue

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