Obsession musculation

21 mars 2018 - Marie-Pier Tremblay

La pression du corps parfait touche aussi les jeunes hommes. Pour certains, le gym devient plus important que l’école, l’amour ou même les amis. La bigorexie, vous connaissez ?

Enfant, Marc-Élie Mansour fuyait l’activité physique : « J’étais moins habile que les autres et j’avais un surpoids. On se moquait de moi. » Mais en 3e secondaire, pour attirer le regard d’une fille, il décide de perdre du poids. Dans son esprit, minceur = popularité. Il commence à surveiller son alimentation, à faire du sport et à marcher jusqu’à l’école.

Et ça marche ! Son entourage le remarque et le complimente. Mais une fois au cégep, être mince ne lui suffit plus : il veut devenir plus musclé.

Il augmente la fréquence et la durée de ses entraînements : « Je voulais des résultats rapides, je m’entraînais souvent et fort. » Pour lui, il était inconcevable de progresser en ne faisant rien, même si on lui assurait que le corps se développe aussi durant la phase de récupération.

De l’autre côté du miroir Marc-Élie venait de basculer dans la bigorexie, un trouble mental sournois qui affecte principalement les hommes à la fin de l’adolescence et qui se définit par un désir obsessif de modifier son apparence physique pour avoir plus de muscles.

« La bigorexie s’installe progressivement, explique la psychologue Nathalie St-Amour. Au début, la personne impressionne par ses efforts et sa discipline. »

Après tout, l’activité physique est bien vue dans notre société. Mais peu à peu, le gym prend toute la place. Certains se sentent tellement coupables de sauter un entraînement qu’ils persistent malgré la fatigue ou les blessures. Les muscles apparaissent, mais ce n’est jamais assez. Comme les anorexiques et les boulimiques, les bigorexiques ont une vision déformée de leur corps. Certains vont jusqu’à s’injecter des stéroïdes anabolisants pour faire grossir leurs muscles, ce qui bousille leur santé et modifie leur humeur.

Alimentation stricte

Les gens qui souffrent de bigorexie adoptent souvent des règles alimentaires strictes. Marc-Élie, lui, refusait même les invitations de ses amis : « Sortir, aller au resto, c’était des calories… »

À force de se priver de certains aliments, il vivait des épisodes de crise : « Je mangeais des quantités astronomiques de nourriture, puis j’avais vraiment honte. Je trouvais que je n’avais aucune volonté, je me dégoûtais. »

Un voyage en Islande sera déterminant : « J’avais beau être avec mes amis, je ne pensais qu’à mon corps et à la nourriture ». À son retour, il contacte une clinique spécialisée en troubles alimentaires et entame une thérapie.

Comment retrouver l’équilibre ?

« Les bigorexiques sont souvent perfectionnistes, dit Nathalie St-Amour. Pour eux, c’est tout ou rien. » La thérapie les amène à devenir plus indulgents envers eux-mêmes, à nuancer leurs croyances erronées sur l’entraînement ou la nutrition.

Petit à petit, Marc-Élie a réalisé que son trouble s’expliquait en partie par un besoin d’être accepté. Il a pris conscience qu’il pouvait être apprécié pour autre chose que son apparence : ses qualités, son sens de l’humour. « J’ai réalisé que je pouvais voyager, avoir une blonde et être populaire… même sans abdos ! »

Aujourd’hui âgé de 25 ans, Marc-Élie considère que la bigorexie est derrière lui. Mais il reste actif… et deviendra bientôt prof d’éduc ! Son but ? Valoriser et faire participer tout le monde, peu importe la forme de leur corps. « Le sport, ce n’est pas juste pour perdre du poids : c’est une manière de profiter de la vie. »

TROP DE SPORT, C’EST COMME PAS ASSEZ ?

Votre ami s’entraîne beaucoup et parle du gym comme de sa « drogue ». Est-il bigorexique ? Pas nécessairement. « Un athlète olympique s’entraîne beaucoup, illustre Nathalie St-Amour, mais en-dehors, il a des moments de détente pour voir ses amis et se reposer. Il y a un équilibre sain. La personne bigorexique, elle, ressent une obligation de s’entraîner constamment pour atteindre ses objectifs. » Le sport n’est plus un plaisir, mais une contrainte. Ce n’est donc pas la durée ou la fréquence des entraînements qui est un indicateur de bigorexie, mais plutôt la détresse mentale qui y est associée.

Texte : Raphaëlle Derome

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