Par Carolanne*, 14 ans

« Ma mère, mes soeurs et moi avons une relation… spéciale avec mon père. Nous baignons dans une peur légère… mais constante. Je ne dis pas qu’il est méchant, non. On essaie de ne pas le contrarier pour qu’il ne perde pas patience. Il y a comme une boule dans mon ventre qui se forme. Ça me stresse.

Ma grande soeur est partie vivre ailleurs il y a cinq ans à cause de ça. Mon père et elle se sont chicanés la veille de son anniversaire de 18 ans et il l’a mise dehors. J’avais 9 ans. Je me souviens qu’elle a pris un grand sac noir pour mettre toutes ses affaires dedans. Elle pleurait. Ma mère aussi, mais elle essayait de le cacher à mon père. Aujourd’hui, on la voit en secret puisque mon père ne veut pas. Je me dis que c’est parce que deux personnes qui ont du caractère ne peuvent pas vraiment s’entendre.

Quand on ne le contrarie pas, mon père est très permissif. Il nous laisse un peu faire ce qu’on veut. Pas qu’il se foute de nous, non… Par exemple, on peut acheter du maquillage ou autre chose avec notre argent. On peut sortir un peu tard le soir, si on l’avertit avant, ou si on l’appelle.

Mais je vois bien que ma mère aussi est nerveuse. Il faut pas trop dire : « non », « je ne veux pas » ou « je ne suis pas d’accord ». Et ses conseils sonnent plutôt comme des ordres ou des menaces ou un truc entre les deux. Il a fait l’armée, mais il n’est pas allé à la guerre. Peut-être est-ce un détail important.

D’aussi loin que je me souvienne, il a toujours été comme ça (et un peu moins gentil, parce que petites, on l’énervait davantage : on n’avait pas encore compris les  »règles non officielles » pour qu’il ne s’énerve pas). Ma grande soeur m’a déjà dit qu’on avait de la chance, ma soeur et moi, parce que mon père était encore pire avant. Peut-être voulait-il un garçon ? Si c’est ça, pas de chance puisqu’il a eu 3 filles ! Ma grande soeur dit aussi que c’est une chance qu’il investisse de l’argent pour qu’on aille à l’université.

On ne parle pas vraiment de cette peur dans la famille. J’imagine que c’est un genre de tabou ?

Il ne faudrait pas que mon père nous entende discuter de ça, parce que je pense qu’il ne se rend pas complètement compte de ce qu’il nous fait. Même si ça arrive souvent, ma boule au ventre. Je ne pense pas qu’on puisse y faire grand-chose. La seule solution serait d’attendre d’être assez vieille pour partir à mon tour…

* Le prénom a été changé par souci de confidentialité

 

RÉFLEXION DE LA RÉDAC

Vivre avec une boule dans le ventre ou avec la crainte que son parent explose, ça ne devrait pas arriver. Vous devez pouvoir vous sentir en sécurité avec vos parents.

Impatience, frustration et colère sont inévitables dans le quotidien des parents, mais ce sont eux qui ont la responsabilité de comprendre cette émotion et, surtout, de développer des mécanismes pour se contrôler.
Avoir un parent très « autoritaire » crée de l’anxiété et finit même par jouer sur l’estime de soi (on en vient à se demander si c’est nous le problème !). Petit rappel : la violence ce n’est pas
que physique. Elle peut être verbale ou psychologique : des cris, des menaces, des insultes, l’utilisation de la peur, de l’agressivité ou encore le fait de critiquer, dénigrer ou rabaisser. Elle peut passer par des regards, des attitudes, des gestes ou des paroles.

C’est important de ne pas porter cela tout seul sur nos épaules. Le premier pas, c’est d’en parler, comme Carolanne l’a fait avec ce témoignage. Le deuxième pas serait de confier la situation à un adulte de confiance ou un spécialiste. Tu peux aussi nous appeler à Tel-jeunes. Nous évaluerons ensemble ce qu’il est possible de faire.

L’important, c’est de ne pas rester seul.

Tania St-Laurent, intervenante et formatrice chez Tel-Jeune



Commentaires

  1. Hélène dit :

    Bonjour,

    As-tu essayé d’en parler à un(e) de tes ami(e)s, ta mère, ou même un enseignant à l’école? Tu pourrais éventuellement parler à ton père, un soir où rien ne l’a irrité ou dérangé? Tu lui demanderais si tu pouvais lui parler sérieusement, et qu’il essaye de ne pas se frustrer. Tu n’as pas besoin de mentionner nécessairement qu’il te fait peur, mais juste lui demander d’être plus tolérant, et si la discussion va bien, peut être meme lui demander d’essayer d’arranger les choses avec ta grande soeur (tu peux aussi rajouter que tu comprends qu’il est frustré, mais que c’est quand même ta grande soeur et que tu as le droit de la voir, que ce n’est pas parce qu’il ne veut pas la voir que tu ne devrais pas la voir non plus.) J’espère que ceci t’as aidé…

    Bonne chance,

    Hélène : )

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