Comme une impression de déjà-vu

17 septembre 2018 - Marie-Pier Tremblay

C’est une étrange sensation de familiarité. Vous avez déjà vécu cette scène dans les moindres détails, au point de pouvoir prédire avec exactitude la suite des événements. Que vous arrive-t-il ?

Un lieu, une personne, une conversation… Le phénomène de « déjà-vu » se déclenche sans préavis. Vous avez la nette impression d’avoir déjà vécu quelque chose qui est pourtant totalement nouveau.

La plupart des cas s’accompagnent d’une soudaine sensation d’irréalité et de confusion, un peu comme dans un rêve éveillé. Et surtout, cette curieuse certitude de savoir ce qui arrivera ensuite…

Le déjà-vu survient à tout âges, mais de façon plus importante chez les 15 à 25  ans. Environ 70 % des gens en ont déjà fait l’expérience. Et pourtant, aucune théorie ne parvient encore à l’expliquer. Serions-nous tous des devins
qui s’ignorent ?

Don paranormal ?

Si le terme « déjà-vu » a été inventé en 1876 par un médium français, même les philosophes grecs se questionnaient sur sa signification et ses mécanismes. Alors attribuée au démon, la sensation était associée aux vies antérieures et à la réincarnation.

Vous reconnaissiez une ville alors que vous n’y aviez jamais mis les pieds ? Vous aviez l’impression de connaître une personne qu’on venait tout juste de vous présenter ? Sans doute était-ce des souvenirs de soi-disant vies antérieures, cachés dans les tréfonds de votre mémoire.

Certains misaient plutôt sur un pont entre la réalité et le rêve. Peut-être ces événements avaient-ils eu cours dans un songe prémonitoire ? D’autres écrits évoquaient plutôt une communion avec les ancêtres disparus ou encore un don paranormal fugace, un saut dans une autre dimension temporelle, suspendu entre le passé et le futur. Bienvenue dans le film Interstellar

Recherche

Selon Dave Ellemberg, neuropsychologue et professeur à l’Université de Montréal, le déjà-vu a longtemps été boudé par la science en raison de son aura ésotérique. Pourtant, l’existence du phénomène est convaincante, contrairement aux ovnis ou aux apparitions surnaturelles, par exemple.

« Le père de la psychanalyse, Sigmund Freud, a posé l’hypothèse du fantasme inavouable ou du traumatisme refoulé, dit le Dr Ellemberg. Le sujet aurait donc un sentiment de familiarité, mais pas de souvenir conscient. »

Appuyées par l’imagerie cérébrale, les neurosciences ont pris le relai de la psychologie.

Indice

Les personnes épileptiques vivent parfois des expériences de déjà-vu très intenses avant un épisode de crise. Alors que la sensation dure quelques secondes dans la population générale, elle peut s’étendre sur des heures chez les épileptiques, qui confondent alors réalité et fiction.

Cause soupçonnée

Bref dysfonctionnement dans une zone du cerveau impliquée dans le processus de mémorisation.

« Des chercheurs ont demandé à des gens en santé de déterminer la fréquence de leurs expériences de déjà-vu, explique le Dr Ellemberg. Chez les volontaires qui affirmaient en vivre davantage, les chercheurs ont remarqué un plus grand volume de matière grise dans certaines régions du cerveau… les mêmes que chez les patients épileptiques. »

Hypothèses

De nombreuses variables restent inconnues, mais cette sensation de familiarité s’explique probablement par des causes neurologiques.

1- La double lecture
« Il s’agirait, en quelque sorte, d’une petite absence inconsciente, explique le Dr Ellemberg. Durant ce court moment d’inattention, le cerveau enregistre tout de même les informations. Quand on reprend conscience, on voit la scène avec une impression de déjà-vu. »

2- Le délai de réponse
« L’information entre dans notre cerveau par différents sens et perceptions. Ces données n’arrivent pas toutes au centre de traitement général au même moment. Le déjà-vu pourrait être un problème de synchronisation dans le traitement des informations, créant un sentiment de familiarité et d’incohérence. »

En zone floue

Les observations scientifiques actuelles ne suffisent pas encore à élucider le phénomène. On pose des électrodes intracérébrales chez des patients souffrant d’épilepsie sévère, mais autrement, on doit se baser sur les témoignages (subjectifs) des volontaires.

« Le déjà-vu est irrégulier, dit le Dr Ellemberg. Il est très difficile à induire en laboratoire, surtout qu’on ne connaît pas ses déclencheurs. On peut toutefois le provoquer par stimulation électrique, mais encore, ce ne sont pas les mêmes circuits qui sont activés et les ressentis ne sont pas exactement les mêmes. »

Texte : Julie Champagne

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