Par Annabelle (nom changé par souci de confidentialité)

 

J’ai toujours aimé le hockey.

hockey

J’y joue depuis que j’ai trois ans. Quand est venu le temps de m’inscrire au cégep, j’ai fait mon choix en me basant sur l’équipe de hockey. Elle avait super bonne réputation. Mais dès la première journée, je me suis sentie mal à l’aise parce que la coach était vraiment sur mon dos. Et ça a continué tous les jours. Elle me criait après constamment. Si un entraînement n’allait pas bien, elle disait que c’était ma faute.

J’étais hyper stressée, j’avais parfois des crampes qui m’empêchaient de respirer.

Après deux semaines, elle m’a convoquée pour me dire que je devrais peut-êtrepenser à lâcher le hockey. Elle me disait que je n’étais pas assez forte psychologiquement. Je suis sortie de là en larmes. Dans la chambre des joueurs, elle s’est mise à m’ignorer en plus de m’attaquer sur la glace. J’ai décidé d’en parler avec l’une des joueuses de l’équipe qui avait vécu la même chose l’année d’avant. Elle m’a dit que chaque année, la coach choisissait un mouton noir et que cette année, c’était moi. Que tout le monde le savait.

Ma coach m’a rencontrée une autre fois pour me dire que j’étais « téteuse », que ça me rendrait pas meilleure de vouloir être aimée… Bien sûr, je voulais que ma coach m’aime, mais en même temps, c’est un peu normal, non ? Son assistante s’est mise à me dire que j’étais grosse, que je ne me prenais pas en main. Oui, j’avais peut-être un peu de poids à perdre, mais il y a une façon moins blessante de le dire !

Ça a sapé toute ma confiance en moi, dans toutes les sphères de ma vie. J’étais plus capable de me concentrer à l’école.

Je pochais mes examens. Je savais que ça aurait des conséquences sur mon temps de glace. Je décevais la coach. Je décevais ma mère. Je faisais juste pleurer. Ma mère m’a envoyée voir un psy. C’était l’enfer.

J’ai perdu 22 livres et j’ai complètement arrêté de parler. Je me suis écrasée et maintenant, je la laisse parler. Et depuis, la coach a arrêté de me harceler. Elle s’est même mise à m’adorer ! Je le sais que c’est malsain, mais en même temps, c’est moins difficile comme ça. Le hockey, c’est toute ma vie. J’investis tout là-dedans. Je me laisse encore une année pour réfléchir si je veux continuer.

J’aimerais ça un jour qu’elle sache qu’elle m’a vraiment détruite psychologiquement…

LA RÉFLEXION DE LA RÉDAC:

Voilà une bien triste histoire.

Bien qu’il existe d’excellents entraîneurs sportifs, on en retrouve malheureusement qui abusent de leur situation de pouvoir en commettant, notamment, du harcèlement psychologique. Ceux qui sont les plus à risque d’en subir les impacts sont ceux qui ont l’estime de soi fragile et qui ne correspondent pas aux normes et standards de l’entraîneur. Ils ont tendance à développer un lien affectif avec lui et veulent à tout prix faire partie de l’équipe.

Normalement, quand une telle situation se présente, ce sont les parents qui sont encouragés à en discuter avec l’entraîneur, et si par la suite aucun changement n’est noté, ils peuvent porter plainte selon la politique du regroupement sportif.

L’ennui, c’est que plusieurs jeunes sportifs n’osent pas en parler à leurs parents (peur de les décevoir, honte) et, s’ils le font, les parents peuvent ne pas être réceptifs non plus ! À l’adolescence, on se retrouve souvent seul face à la situation, parce qu’on est en recherche d’autonomie. Mais n’étant généralement pas outillé pour faire face, on devrait quand même solliciter l’aide d’un adulte de confiance (ex. : intervenant scolaire, famille).

Ici, l’impact du harcèlement s’est répercuté dans plusieurs sphères (scolaire, sociale, familiale) de la vie d’Annabelle, augmentant le risque de développer un problème de santé mentale. Elle s’est maintenant « adaptée » à un contexte qui n’est pas sain. Elle en est consciente, ce qui est déjà un pas vers l’avant. Il serait bon qu’elle poursuive son cheminement et qu’elle maintienne un bon réseau d’amis.

Nous lui souhaitons bon courage !

Dre Sophie Leroux, psychologue

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Commentaires

  1. Anonyme dit :

    mon père me touche chaque nuit. Je doit faire quoi

    • Quelqu'un qui veut t'aider dit :

      Appelle la police pour harcèlement et viol. Il n’a pas le droit de faire ça.

    • Anonyme dit :

      Tu devrais appeler la police

    • Jade Bérubé dit :

      Nous prenons ton commentaire très au sérieux et nous souhaitons que tu reçoives de l’aide. Il est important que tu parles de cette situation à un adulte de confiance de ton entourage. Tu peux aussi contacter les intervenants professionnels de chez Tel-jeunes au 1-800-263-2266, qui sont là pour toi 24h/24.

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