Carrés jaunes : LE DÉBAT

13 avril 2018 - Curium

Les carrés jaunes se multiplient dans les écoles du Québec et sur les réseaux sociaux. La revendication? Un code vestimentaire scolaire moins rigides pour les filles. Deux lectrices nous donnent leur point de vue. Nous attendons les vôtres! 🙂 🙂

Célestine Uhde     POUR

On m’a demandé d’écrire les raisons pour lesquelles j’appuie le mouvement des carrés jaunes. J’y ai donc réfléchi longuement, j’ai écrit et réécrit mon opinion sous différentes formes et j’en suis arrivée à la conclusion que si ce mouvement me tient à coeur, c’est pour ses fondements, pour sa lutte féministe et progressiste contre le parasite qui habite de plus en plus le monde occidental et oriental: la culture du viol.

En 2018, après plus d’un siècle de luttes féministes et de changements drastiques dans les bases de la société, certains détails sont restés sous silence, un point crucial de la place des femmes en société a fait impasse. Encore aujourd’hui, et de façon plus pernicieuse que jamais, la culture du viol est partout, en nous tou.te.s, propagée par de simples faits et gestes du quotidien. Comme tout poison, elle est fourbe et vicieuse, omniprésente.

Le concept même intrigue et fait peur, le mot «viol» est un mot dur et vorace qui inquiète. Dans notre société de l’image, où l’on oublie d’éduquer la jeunesse sur les bases mêmes de l’intégrité sexuelle, il est facile -voire intuitif- de cacher les femmes, de les dissimuler au nom de leur propre «protection». C’est ça, la culture du viol; c’est encourager les femmes à museler leur corps et leur sexualité pour éviter qu’elles ne se fassent agresser.

Dans l’imaginaire collectif, c’est la victime qui se fait violer et non l’agresseur qui viole. Rendre tabou le corps féminin. Culpabiliser celles qui subissent une agression sexuelle. L’industrie de la femme-objet. Tout cela mène à une hypersexualisation et au cercle vicieux du slutshaming. Car oui, puisque la quasi-totalité des images de femmes distribuées par le monde de la mode et celui de la pornographie est érotique et affiche le portrait de femmes aguicheuses et séductrices, il est de plus en plus difficile de rester de marbre devant des épaules, un ventre, des cuisses, une poitrine sans brassière.

Pourtant, cette objectivation féminine n’est pas un absolu. S’il est si difficile d’imaginer un monde où la même valeur serait accordée à une femme en décolleté qu’à une femme en tailleur, c’est parce qu’encore de nos jours, la sexualité des femmes est considérée comme sale et dégradante.

Alors oui, pour toutes ces raisons, je suis pour le mouvement des carrés jaunes. Je suis pour l’actualisation d’un code vestimentaire qui n’encourage plus les filles à voir leur corps comme une source de distraction.

Je suis pour l’instauration de cours d’éducation sexuelle qui apprendraient à tou.te.s pourquoi une femme en mini-jupe ou en crop top n’est pas indécente et ne représente nullement une invitation.

Je suis pour la lutte à long terme contre la culture du viol et l’hypersexualisation.

Enfin, je suis pour l’égalité totale dans la façon dont sont vues les sexualités de tou.te.s, peu importe leur sexe, leur genre et leur orientation sexuelle. À travers ce mouvement, je me permets de rêver à notre société de demain, une société où il serait impensable de voir une femme violée, de voir son intégrité sexuelle déchirée, uniquement parce que le bas de son dos n’était pas censuré.

Mon opinion est-elle extrémiste? Suis-je une féministe bonbon, utopiste et pelleteuse de nuages? Je ne sais pas. Ce dont je suis sûre, néanmoins, c’est que je crois à l’évolution psychologique, je crois en une éducation juste pour les futures générations, je crois qu’il faut vaincre le cynisme qui nous hante pour oser dire haut et fort que non, la valeur d’une personne ne dépend pas de son corps, de son visage ou de ses habits. La sexualité féminine n’est pas sale ni laide. Elle est juste belle.

 

Élisabeth Seguin CONTRE

Les carrés rouges se battaient contre la hausse des frais étudiants et les carrés mauves dénoncent l’homophobie. Vous avez sûrement vu certains élèves de votre école arborer avec fierté le dernier polygone coloré à la mode, qui orne désormais toutes les épingles à nourrice disponible, le carré jaune. Toutefois, je trouve qu’il est très téméraire, voire impossible, d’adhérer et de défendre la cause des carrés jaunes.

En premier lieu, si les militants de la cause réussissent à faire alléger le code vestimentaire, les élèves abuseront sûrement de leurs nouvelles libertés. En effet, peu importe où l’on trace une ligne, quelqu’un essayera de repousser cette limite.

Par exemple, s’il était désormais permis de porter des shorts à la mi-cuisse, quelques filles voudront porter des pantalons deux centimètres plus courts. Puis, parce qu’une fille a osé le faire, chacune tentera de repousser la tolérance des adultes en portant des bas toujours plus courts. À un certain point, on dépassera la décence requise dans un établissement scolaire.

En deuxième lieu, la cause a énormément dégénéré. Au départ, il était très noble que de jeunes adolescents s’impliquent dans leur vie scolaire et soient ouverts à parlementer pour faire falloir leur point de vue. Cependant, le rythme de propagation auquel a été soumis le carré jaune a grandement modifié la matière première de l’argument.

Ainsi, à l’école Sophie-Barat, qui se trouve à Montréal, le discours décrié (que j’ai moi-même entendu) ressemblait à ceci : « Imposer un uniforme aux élèves encourage la culture du viol. » Les paroles manquent cruellement de nuance. C’est pour cela qu’il faudrait remettre en question la pertinence de soutenir un mouvement dont les propos sont si intransigeants.

En dernier lieu, assouplir le code vestimentaire, d’une certaine manière, incite l’hypersexualisation des filles. Effectivement, on leur accorde que pour se sentir bien, il est vrai qu’il faut avoir des shorts courts et des bretelles spaghettis. Une fille devrait pouvoir porter des vêtements moins serrés, plus longs, qui permettent d’avoir moins chaud et se sentir jolie et confiante quand même!

Le fait de permettre des largesses dans l’habillement contredit totalement ce principe, pour lequel les carrés jaunes militent pourtant. L’argumentaire des gens arborant le quadrilatère doré, vu de cette manière, ne tient plus debout.

Pour conclure, je crois que la cause des carrés jaunes est indéfendable parce qu’elle entraînerait un abus de liberté, parce qu’elle a trop dégénéré et surtout parce qu’elle se contredit elle-même en encourageant l’hypersexualisation des jeunes filles.

Sera-t-il un jour possible d’inverser la tendance sociale actuelle en se débarrassant des doubles standards sexistes qui polluent nos vies?

 

La page Facebook des carrés jaunes

Une première victoire pour les carrés jaunes

Et vous, qu’en pensez-vous?

publiez votre commentaire

dites-nous ce que vous en pensez

 :-)  ;-)  :-D  :-(  :-P  :-o  :-x  :-|  :-?  8-)  8-O  :cry:  :lol:  :roll:  :idea:  :!:  :?:  :oops: 💩 💪 👍

Votre adresse ne sera pas publiée. Les champs ci-dessous sont facultatifs :

3 réponses à “Carrés jaunes : LE DÉBAT”

  1. Éloïse dit:

    Je trouve très intéressant de confronter ces deux opinions qui se tiennent. Les carrés jaunes n’ayant pas encore fait leur apparition dans mon école, je ne savais pas trop quoi penser de ce mouvement de protestation dont je n’avais que vaguement entendu parlé. Les points de vue de ces deux lectrices m’ont certainement éclairée et je leur suis très reconnaissante de m’avoir ainsi aidé à me bâtir une opinion.

  2. Maéva dit:

    Je ne suis pas sûre de comprendre comment fonctionne les carrés jaunes et je pense que les écoles devraient toutes avoir un uniforme identiques pour les garçons comme pour les filles. Par exemple les filles ont le droit de porter des shorts d’uniforme tout comme les garçons. C’est le cas à mon école actuellement est je pense que la situation est idéale

    • Curium dit:

      @Maéva Pour le « fonctionnement » des carrés jaunes, c’est simplement que ceux qui appuient le mouvement portent un carré de tissu jaune épinglé sur leurs vêtements. Et certain(e)s mènent des actions dans leurs écoles ou prennent aussi la parole publiquement, comme ici!