Gabriel*, 16 ans

 

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Il y a une fille à mon école qui ne me parlait jamais avant mais qui, un jour, s’est mise à me parler à cause de mon chandail des Ramones. Je ne l’avais jamais remarquée avant. Elle avait été dans ma classe en secondaire deux, mais c’est tout. Et on se tenait pas du tout avec le même monde.

Je ne savais même pas qu’elle aimait la musique.

On s’est mis à parler des Ramones. Pis à s’échanger des vidéos de musique sur Messenger. Au début, je me disais juste : wow. Elle m’envoyait des trucs vraiment géniaux et moi, je me suis mis à en chercher des meilleurs. Ça prenait pas mal de temps dans mes journées. J’étais toujours en train de la lire ou de chercher quoi lui répondre. C’était quelqu’un avec qui je partageais quelque chose de vraiment important, et je voulais l’impressionner. Je voulais lui faire le même effet qu’elle me faisait.

On s’est mis aussi à se parler un peu à l’école mais vraiment pas beaucoup. Tout se passait sur Messenger. Au début, on parlait juste de musique. Ensuite, c’est devenu plein d’affaires. On trippait! Et je suis devenu dépendant de ses messages. J’ai pensé que j’étais en amour avec elle.

Je pense que je l’étais! Et puis elle m’a demandé si je voulais qu’on sorte ensemble et j’ai dit oui. J’étais vraiment super content sur le coup !

Mais la vérité, c’est que je trippais sur ses messages Messenger bien plus que sur elle. Quand on se voyait, c’était pas pareil. On dirait que ce n’était pas la même lle. J’avais juste toujours hâte de revenir chez nous pour lui parler par Messenger. Mais elle, elle voulait qu’on se voit plus et plus longtemps. Et puis, elle m’écrivait moins parce qu’on se voyait. Je savais pas comment expliquer que je trippais pas quand on se voyait, je savais plus trop comment faire. J’ai cassé.

J’aurais voulu qu’on continue de s’écrire, mais elle n’a pas voulu. Et ça, ça m’a vraiment fait de la peine. Vraiment beaucoup. C’est comme si elle cassait à s»on tour. Ça m’a vraiment fait capoter. J’étais comme en grosse peine d’amour. Tout le monde me disait « pourquoi t’as cassé d’abord ? ». J’ai pas de réponse. Je sais que c’est bizz.

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RÉFLEXION DE LA RÉDAC

Il arrive parfois qu’un garçon et une fille partagent des intérêts communs et une belle complicité dans les échanges verbaux ou par écrit, sans qu’il y ait une attirance physique ou une connexion affective de la part de l’un ou des deux. Ce type de relation évolue généralement vers de l’amitié.

Ce manque d’intérêt pourrait aussi cacher la crainte de s’engager dans une relation réelle. Il peut être plus sécurisant d’échanger à travers un écran (cellulaire ou ordinateur) qu’en personne. De plus,
les échanges par textos ou messagerie induisent une excitation, une anticipation, un fantasme, de l’intensité et une forme de désinhibition.

D’ailleurs, beaucoup d’adolescents (et d’adultes) développent une dépendance. Le sevrage techno peut même entraîner des symptômes qui s’apparentent à une peine d’amour. Eh oui! La personne peut notamment ressentir de la tristesse, un vide intérieur ou une sensation de manque. Dans le cas présent, cela pourrait justifier la confusion suivant la rupture. La question se pose alors: est-ce surtout «l’intensité» ressentie qui me manque ou la personne pour ce qu’elle est réellement?

-Sophie Leroux, psychologue

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