Les 10 pires mythes sur l’alimentation

3 octobre 2017 - Rédaction Curium

 

 

Curium a posé vos questions à BERNARD LAVALLÉE, allias le nutritionniste urbain, membre de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec. Vous verrez, pas besoin de se casser la tête pour se remplir le ventre.

1. Faut-il avoir peur du gluten ?

NON. Personne ne devrait avoir peur du gluten. On est plus puissant que lui ! Le gluten, c’est un composé de deux protéines (la gluténine et la gliadine) qu’on retrouve notamment dans le blé. Il sert beaucoup en pâtisserie et en boulangerie. La mie moelleuse du pain, la croûte croustillante de la baguette : c’est grâce au gluten.
La grande majorité des gens le digèrent très bien. Si on en parle autant, c’est parce qu’on pense qu’une personne sur cent souffrirait de la maladie cœliaque, une maladie autoimmune. Leur corps réagit de façon anormale au gluten, comme s’il voulait s’en protéger. Cela endommage l’intestin. Les personnes atteintes doivent éviter d’en consommer. Pour l’instant, c’est le seul « remède » qu’on ait trouvé.
Mais attention, ce n’est pas parce qu’on a mal au ventre qu’on ne tolère pas le gluten ! Il y a mille raisons pour avoir des douleurs abdominales. La maladie cœliaque, ça fait très mal et ça perdure dans le temps. Quand ça fait des semaines, des mois, des années, qu’on a tout le temps mal au ventre, qu’on est toujours en diarrhée ou constipé : là, c’est effectivement anormal.
Et encore, on ne peut pas s’autodiagnostiquer une intolérance au gluten. Il faut aller voir un médecin et passer des tests. C’est un processus scientifique.

2. Le jus vert, c’est bon pour la santé ?

C’est surtout super à la mode. Selon moi, il y a deux raisons pour lesquelles c’est populaire :

1. Les gens savent qu’ils doivent manger beaucoup de fruits et légumes. Et c’est, pensent-ils, une façon facile de le faire.
2. On vend ça comme des régimes « detox », pour perdre du poids et se « nettoyer » le corps.
C’est faux. La detox, ça n’existe pas. Rien de scientifique. Notre corps se nettoie seul. Nos organes sont faits pour ça. Si vous pensez que votre corps a de la difficulté à se nettoyer, il faut aller à l’hôpital, pas acheter une bouteille de jus vert !
On ne peut pas boire un jus et considérer qu’on a consommé 3 ou 4 portions de fruits. Le jus d’un fruit (du sucre pour l’essentiel), ce n’est pas aussi bon qu’un légume ou un fruit entier.
Il devrait être consommé en petite quantité.
Le Guide alimentaire canadien recommande d’ailleurs de n’en consommer qu’une demi-tasse par jour. C’est à peine plus d’un shooter !

3. La viande ? On en mange un peu, beaucoup, à la folie ou pas du tout ?

C’est démontré : manger beaucoup de viande, ce n’est bon ni pour la santé ni pour l’environnement. La production de viande demande énormément de ressources.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut tous devenir végétariens. Mais maintenant, c’est très « mainstream » de manger moins de viande ou végé. Ce n’est pas réservé aux granos. Intégrer les légumineuses à notre alimentation, ça ne peut être que bénéfique. Et ça coûte beaucoup moins cher que la viande, pour le même apport de protéines. Pratique quand on part en appart…

4. Et le végétalisme ?

Ce n’est pas nécessaire pour être en santé, mais c’est aussi possible. À tout âge. Il est toutefois primordial de bien se documenter. Avant d’adopter un tel régime, mieux vaut consulter un nutritionniste spécialisé dans le végétalisme.

5. Les régimes ? On adopte ou pas ?

Souvent l’objectif est de faire perdre du poids, peu importe le moyen. On fait croire aux gens qu’ils seront en meilleure santé, mais ce n’est pas vrai. C’est très facile de brûler des kilos. Mais pour être en santé, il faut d’abord adopter de saines habitudes de vie. Autrefois, les gens stressaient parce qu’ils n’avaient pas suffisamment à manger. Aujourd’hui, on a tout ce qu’il faut, mais on a trouvé un nouveau stress.

6. Comment calcule-t-on son poids santé ?

À l’adolescence, c’est déconseillé. C’est non, non, non, non. Un gros non.
Le poids santé ou IMC (indice de masse corporel) est un indicateur imparfait, qui ne s’applique pas à tout le monde.
On a tous un poids naturel, celui auquel notre corps est bien. Un poids qu’il cherche d’ailleurs toujours à retrouver. Ce n’est pas vrai qu’on devrait tous avoir le même poids. On a tellement parlé d’obésité et d’embonpoint qu’on a associé kilos et mauvaise santé. Mais une personne qui fait du sport, qui mange bien, et dont le poids est au-dessus de la moyenne, risque tout de même d’être en meilleure santé qu’une personne mince qui se nourrit de fast food. La santé et le poids, pour moi, c’est deux choses complètement différentes.

7. Manger santé, comment y voir clair ?

L’obsession de la santé est en train de prendre le dessus sur celle du poids. Les efforts de sensibilisation (tout le monde est beau, peu importe son poids, les mannequins sont retouchés, etc.) ont porté leurs fruits. Et c’est tant mieux. Mais l’obsession pour la santé a remplacé ça… fois mille.
C’est bien vu de se soucier de sa santé. Même lorsque les gens font du zèle, on les admire, on les encourage. « Il est tellement bon. Wow ! Il mange tellement bien et court quatre marathons par année. »
Oui. C’est important de bien s’alimenter (après tout, je suis nutritionniste, difficile de dire le contraire). Mais la santé psychologique aussi est super importante. C’est un équilibre à maintenir pour ne pas tomber dans l’obsession. Il faut essayer de rester le plus simple possible.

8. Concrètement, on fait quoi ?

C’est simple. On apprend à cuisiner, on boit de l’eau et on mange fruits et légumes. Avec ça, pas besoin de régime, de groupes alimentaires et d’antioxydants. On se soucie trop de la nutrition. Je pense que c’est un luxe du 21e siècle.

9. Compter ses portions chaque jour, c’est un peu compliqué. Est-ce nécessaire ?

Pas du tout. Le Guide alimentaire canadien sert surtout à influencer l’environnement alimentaire : ce qui est servi à l’école, dans les hôpitaux, les prisons et l’ensemble des institutions gouvernementales, par exemple. C’est un outil (un guide, comme son nom l’indique). Il permet d’aiguiller nos choix et de mettre de l’avant des initiatives en santé publique.
Le guide a été créé en 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, les gens souffraient de carences alimentaires. Plusieurs succombaient à la maladie, faute de vitamines et de minéraux. Le guide devait inciter les gens à intégrer ces nutriments à leur alimentation.
Depuis, il a été modifi é à quelques reprises, mais les recommandations sont sensiblement les mêmes, alors que ce qui tue, au Canada, ce sont les maladies cardiovasculaires, le cancer, le diabète, etc. Des maladies généralement associées à une consommation trop élevée de calories, de gras, de sucre et d’aliments transformés.

10. Pourquoi tout le monde parle du guide alimentaire brésilien ?

Jusqu’à tout récemment, le Brésil avait un guide semblable au nôtre. Un guide qui fonctionne par portions et qui prend en compte l’économie du pays. (Parce que, oui, l’industrie a son mot à dire. Un pays producteur de lait va évidemment inciter la population à aller chercher ses protéines dans le lait).
Le nouveau guide brésilien n’a plus de portions et essaie de répondre aux problématiques du 21e siècle. Comment ?
Notamment, en condamnant les aliments transformés.
Le fast food et les mets préparés (qui contiennent des additifs alimentaires) sont souvent riches en gras, sucre, sel, et pauvres en bons nutriments. Le guide dit : retournons à la base. Il faut réapprendre à cuisiner, manger à la maison, en famille. Des conseils super simples, mais efficaces. Est-ce que tous les Brésiliens vont se mettre aux casseroles ? Pas forcément. Mais si des nutritionnistes brésiliens militent pour l’enseignement de la cuisine à l’école, par exemple, ça leur donne un appui.

Texte : Noémie Larouche

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